| www.amma-france.org Mata Amritanandamayi - Maison Amrita | ||||
|
||||
|
||||
|
le
|
| Le potentiel pacificateur des religions |
|
Source : www.arte.tv |
|
Selon les médias et la littérature scientifique, la « Religion au quotidien » cest avant tout la guerre et la violence : des Indiens hindous attaquent leurs voisins musulmans, des colons juifs nationalistes ouvrent le feu sur des Palestiniens, des fanatiques bouddhistes attisent la guerre civile à Sri Lanka, des fanatiques musulmans prennent dassaut des ambassades et commettent des attentats-suicides, des gouvernements chrétiens mènent des guerres, chez eux et ailleurs, au nom de Dieu ou de la liberté. Il est vrai que les religions ont un potentiel de violence et de conflits ; cest scandaleux, inutile de nier ou denjoliver les faits. Néanmoins, aussi étonnant que cela puisse paraître, les religions sont très rarement la cause des conflits. Elles sont plutôt instrumentalisées dans le combat : elles ne « déclenchent donc pas lincendie, tout au plus le propagent-elles » (Andreas Hasenclever). Cela nest cependant quune facette de la réalité. Il existe aussi des hommes comme Martin Luther King, Gandhi, le Dalaï-Lama. Ces derniers incarnent linfluence bénéfique quexerce la foi : ils nous montrent que par conviction religieuse, lhomme peut rejeter la violence, uvrer pour la paix et même sacrifier sa vie ! Toutes les religions se targuent dêtre « fondamentalement » pacifiques, prétendent que « leur Dieu » est un dieu de paix. Or, chaque jour qui passe nous montre le contraire. Les enjeux politiques et théologiques sont-ils donc incompatibles ? Les quelques pacifistes religieux connus sont-ils les seuls à avoir converti leurs convictions en action politique ? Bien au contraire. En y regardant de plus près, on trouve des dizaines dexemples dindividus, dinstitutions ou dinitiatives dont lengagement a été déterminant pour la prévention de la violence et la résolution des conflits : et ce toutes religions et cultures confondues, dans toutes sortes de conflits : - En 1978, après des décennies de tensions, la guerre semblait imminente entre lArgentine et le Chili. De nombreux médiateurs avaient échoué dans leur mission ; cest alors que le Pape Jean-Paul II, fraîchement élu, intervint. Grâce à son envoyé spécial, la guerre fut évitée et les parties revinrent à la table des négociations. Compétent et persévérant, il proposa diverses solutions. Lorsquen 1983, la situation politique évolua en Argentine, il suffit de quelques mois pour que les deux Etats signent un accord de paix et damitié sur la base de ces propositions. Grâce au Pape, un conflit centenaire avait été réglé pacifiquement et définitivement. - Lorsquen 1994 au Rwanda, les Hutus chrétiens massacrèrent un million de Tutsis en 100 jours, seuls les Rwandais musulmans sopposèrent à la violence en se fondant sur le Coran. Ils allèrent jusquà cacher des fugitifs, leur procurer des vivres et les accueillir dans leurs mosquées ; ils payèrent souvent cette solidarité de leur vie. Ils portèrent indistinctement secours aux Hutus et aux Tutsis, aux musulmans et aux chrétiens. Aucun dirigeant musulman ne fut accusé de génocide. Au contraire, le président du Rwanda leur demanda d« apprendre à la population la vie en commun ». - A la fin des années 1980 en RDA, cest en grande partie grâce à lEglise protestante que le changement de système eut lieu sans violence. Grâce à la prière, elle créa un climat pacifique avant les manifestations régulières du lundi, qui jouèrent un rôle essentiel dans le changement politique. Toutes tendances politiques confondues, les opposants purent se réunir et sorganiser sous les auspices de lEglise. Ses relations avec les politiques et les artistes permirent déviter que les parties naient recours à la violence. Après la réunification, les représentants de lEglise assumèrent fréquemment des responsabilités politiques en prenant part à des consultations, tant dans les parlements quau sein des gouvernements. - Quelques années plus tôt, en 1986, le dictateur philippin Marcos fut renversé sans escalade de violence ni guerre civile, en grande partie grâce à limplication de lEglise catholique. Les communautés religieuses et le clergé régulier enseignaient et pratiquaient déjà la résolution pacifique des conflits depuis des années, contre la volonté de la plupart des évêques. Des ecclésiastiques incitaient les résistants à utiliser des méthodes non-violentes au lieu de prendre les armes. Les médias religieux représentaient la seule source dinformation indépendante et furent indispensables à lorganisation de la révolution pacifique. Lorsque la situation saggrava en février 1986, cest Monseigneur Sin, le cardinal de Manille, qui condamna la fraude électorale, appela le peuple à manifester et négocia dans lombre, provoquant ainsi la chute du tyran. - En 1979, à la fin du régime de terreur de Pol Pot, le Cambodge était anéanti. Le moine bouddhiste Maha Ghosananda décida de braver la violence et la guerre civile ; en visitant des camps de réfugiés et en reconstruisant temples et cloîtres, il sefforça de redynamiser la communauté monastique, largement décimée, ainsi que la vie religieuse du peuple. Après des décennies de violence, il redonna aux Cambodgiens lespoir dun avenir paisible. Depuis, des dizaines de milliers de personnes participent chaque année à la marche de la paix menée par Maha Ghosananda. On leur enseigne la non-violence et elles transmettent lidée de réconciliation dans tout le pays. - Si Gandhi est connu dans le monde entier, lun de ses compagnons de lutte, Khan Abdul Ghaffar Khan, est tombé dans loubli. Fervent musulman, il pensait que servir Dieu, cétait servir son prochain. Avant Gandhi, il entama un travail social et déducation dans le nord-ouest de la colonie britannique des Indes orientales. Il fonda en 1930 l« armée des serviteurs de Dieu », une formation très hiérarchisée, foncièrement islamique et radicalement non-violente. La non-violence ne visait toutefois pas uniquement à résister à loccupant ; il sagissait dune règle de vie générale. Les quelque 300 000 « serviteurs de Dieu » prônaient légalité des sexes, la tolérance envers les non-musulmans et réalisaient deux heures daide communautaire par jour. Des milliers dentre eux furent tués pour leur combat pacifique ; dabord par loccupant britannique, puis par les dirigeants du Pakistan nouvellement créé, pour qui Abdul Ghaffar Khan et ses compagnons nétaient pas assez musulmans ! - Au Mozambique, des membres de la communauté catholique laïque de SantEgidio firent office de médiateurs entre les parties à la guerre civile. Ils obtinrent en 1992 ce qui jusqualors semblait impossible : la signature dun accord de paix, qui mettait fin à la violence et ouvrait la voie à la démocratie. - La déclaration de cessez-le-feu de lorganisation séparatiste basque ETA, en mars 2006, nétait pas aussi inopinée quil y paraît. Elle était laboutissement des efforts soutenus du père irlandais Alec Reid, qui à lépoque déjà avait convaincu lIRA de rendre les armes. Il existe de nombreux exemples similaires dans le monde entier, qui nous montrent que les religions ont un potentiel pacificateur. Quil sagisse de guerre, de résistance contre un occupant ou contre un dictateur, de guerre civile ou de réconciliation, cest souvent grâce à des religieux que la violence a pu être évitée ou éradiquée, que des parties ennemies ont négocié, que des conflits ont été résolus de manière constructive et non-violente. Les religieux sont souvent considérés comme indépendants, désintéressés et fiables. Ils connaissent parfaitement les problèmes de la société dans laquelle ils vivent, comprennent les conflits, sont proches des personnes touchées, partagent parfois leur sort. On leur fait a priori confiance, malgré tous les excès commis au nom de la religion. Ces qualités leur permettent dêtre des médiateurs crédibles et reconnus. De plus, ils agissent en général dans lombre, sans bruit ; ils naiment pas tenir la vedette et ils fuient les médias. Les négociations peuvent ainsi se dérouler à huis clos et les parties ne risquent pas de perdre la face en public. Une telle discrétion peut savérer déterminante dans la médiation et perdure souvent après le règlement du conflit. Cest justement pour cela que le public est si peu informé de lengagement fréquent et des succès considérables des religieux : des gens de toutes les religions et de toutes les cultures, qui pratiquent leur foi de manière fascinante ! |
|
|
||||
Mata Amritanandamayi - Maison Amrita |
||||