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Sommet Inter-religieux
Dr. Saleha Mahmood Abedin
Sociologue, érudite musulmane
Directrice de l'Institut pour les Affaires Musulmanes des Minorités, Londres, Royaume Uni.

Discours du Dr. Saleha Mahmood Abedin au Sommet Inter-religieux d'Amritavarsham50 :

" A la lumière des principes de la religion Musulmane, la religion en tant que moyen vers, et non pas obstacle à la paix sociale et politique et à la tolérance mutuelle. "

" Je commence avec les vœux de paix : ' Qu'Allah, ou Dieu, ou Bhagavan, quel que soit le nom que vous lui donnez, soit avec vous tous.'

" C'est un grand plaisir pour moi d'être ici après un voyage pénible et presque compromis dont je pensais que je ne pourrais pas l'entreprendre. Mais je vous raconterai cette petite histoire un peu plus tard.

Dr. Saleha Mahmood Abedin"Vous devez comprendre l'Islam tel qu'il est et non pas tel qu'il est projeté par les médias ou par les gens qui ne le connaissent pas véritablement. Et je pense que cette responsabilité incombe également à la communauté Musulmane elle-même"

" En premier lieu, je voudrais présenter mes vœux à Ammaji. Je veux la remercier de m'avoir invitée à ce grand événement. C'était un plaisir pour moi de la revoir après notre dernière rencontre de Genève. Et je voudrais lui souhaiter beaucoup de bonheur en ce jour si spécial et si mémorable. Puissiez-vous vivre cent ans et puissiez-vous continuer à apporter à l'humanité en général, et non pas seulement dans cette région particulière du monde, vos bénédictions et vos joies, dont je sais que vous les partagez avec le reste du monde.

" Votre présence et votre influence sont sensibles partout - y compris à travers ce petit incident qui m'est arrivé alors que mon voyage pour arriver jusqu'ici semblait impossible par une accumulation de toutes sortes de paperasseries administratives et diplomatiques. Ils ont dit que je ne pouvais pas faire ce voyage, et j'ai raté l'avion que je devais prendre il y a deux jours. Et, oh miracle, quand nous courrions de bureau en bureau au consulat, arrive ce monsieur qui dit : ' Oh, vous voulez vous rendre à l'anniversaire d'Ammaji ? Ma femme est dévote d'Ammaji ! Et elle sera ravie, et je vais le faire pour elle.' Il a téléphoné à Delhi. Il a donné toutes sortes de coups de téléphone, et il a seulement dit de bien vouloir présenter ses respects à Ammaji et de lui dire de prier pour Meena Karta - c'est sa femme. Cela fait 15 ans qu'elle est votre dévote. Alors, Ammaji, vos paroles sont magiques partout et dans tous les pays, y compris en Arabie Saoudite, où a eu lieu ce petit événement magique.

" On m'a donné un sujet - ce n'est pas moi qui ai suggéré ce sujet mais de toute façon, je suis ravie de le traiter. Et le titre de cette conférence est :' A la lumière des principes de la religion Musulmane, la religion en tant que moyen vers et non pas obstacle pour la paix sociale et politique et pour la tolérance mutuelle.' Je suis heureuse de parler à ce sujet parce que j'ai moi-même vécu dans ce qu'on pourrait appeler une communauté minoritaire et je trouve cela extrêmement important. Partout où j'ai vécu depuis presque toujours, j'ai trouvé que la tolérance et l'acceptation de 'l'autre' sont absolument cruciales et essentielles pour notre survie et notre existence mêmes.

" Le monde est devenu très hétérogène, très complexe et - et je le sais bien en tant que démographe - très explosif en termes de chiffres. Il y a une multiplication de gens, de nations, de tribus et de races. Et il y a - grâce au progrès de la technologie - plus de migration, plus de mouvement, nous avons à faire face à plus de choses. Il n'y a plus de ces communautés isolées que l'on a découvertes dans l'Himalaya, après 2000 ans, communautés de descendants de l'armée d'Alexandre qui vivaient dans l'isolement, qui ignoraient tout du reste du monde et qui n'étaient confrontés à aucune tension ni conflit. Nous vivons tous dans des sociétés hétérogènes et diverses. Quotidiennement, nous rencontrons 'l'autre'- quelle que soit la façon dont nous définissons 'l'autre' - et nous avons tous à apprendre à nous comporter avec 'l'autre'.

" Mais je pense aussi que ce qu'il y a de plus important quand on a à entrer en relation avec 'l'autre', c'est d'abord de se connaître soi-même. Souvent, ce qui est arrivé à la plupart d'entre nous - peu importe la tradition et la foi à laquelle nous appartenons - c'est que nous avons ou bien abandonné ou bien ignoré nos valeurs spirituelles, religieuses et morales. Nous nous sommes trop préoccupés de notre vie de tous les jours, dans notre vie soi-disant séculière, nous avons mis la religion sous le tapis, comme un objet privé et nous l'avons retirée de l'espace public. Et nous en payons le prix, nous, ces sociétés qui avons ignoré ou bien abandonné la religion peut-être par un effet de boomerang parce qu'autrefois la religion dominait beaucoup de sociétés dans le monde. Donc maintenant la religion a été retirée de l'espace public, et nous en payons le prix, en quelque sorte, de nombreuses façons, par la perte des trésors et de l'héritage importants que la religion nous a donnés. Les ressources sont là pour nous, mais nous nous sommes détournés de nos traditions et de notre foi, tout simplement en l'ignorant, ou en laissant des groupes d'intérêts utiliser la religion pour leurs propres intérêts. Et cela aussi a été nuisible. Donc, ou bien nous avons utilisé la religion de façon négative ou abusive, ou bien nous avons ignoré la religion. Et de toutes ces façons, nous payons un prix élevé, nous voyons ce qui arrive partout dans le monde aujourd'hui.

" Tous les pays, tous les peuples, toutes les cultures traversent cette phase de souffrance, cette phase de ce qu'on appelle le fondamentalisme religieux et les conséquences de ce genre d'extrémisme et de fondamentalisme qui en découlent. Mais il nous faut explorer en profondeur leurs raisons et leurs causes. Nous en sommes responsables. Cela fait trop longtemps que les principales traditions ignorent la religion. Nous devons étudier le problème ; il nous faut réintégrer la spiritualité et la religion dans nos vies, dans notre quotidien. Et si vous vous en souvenez, c'était un des points soulevés à la Conférence pour la Paix dans le Monde de l'an 2000 organisée à l'ONU par Bawa Jaïn et mon amie Dena Merriam. Je pensais que c'était un premier triomphe que remportait la religion que d'entrer aux Nations Unies et d'être reconnue comme une force puissante.

" Il nous faut inviter nos chefs religieux et spirituels à être plus actifs et à prendre place dans nos vies, pas simplement en termes de rituels et de cérémonies pour certaines fêtes et à des occasions spéciales, mais tous les jours, dans les affaires normales, comme par exemple la célébration de l'anniversaire d'Ammaji - c'est une occasion heureuse. Il ne s'agit pas d'un rituel religieux - même si à mon arrivée, l'on m'a dit que cela ressemblait à un Kumba Mela du Sud de l'Inde, et cela encore est dû à Sa présence.

" J'aimerais vous faire partager à quel point je m'inquiète de la façon dont la religion a été ou bien négligée ou malmenée. Je pense que tout d'abord nous portons tous la responsabilité de découvrir notre héritage religieux et de nous informer davantage, de nous éduquer davantage et d'en tirer parti. Et, en disant cela, je pense aux femmes de toutes les traditions religieuses. Les femmes ont été les victimes de pratiques religieuses et de croyances dévoyées, et c'est à nous qu'il devrait revenir de prendre l'initiative de nous informer sur ce que nos propres traditions respectives ont à nous offrir à nous les femmes en tant que femmes. Nous aborderons peut-être ce sujet demain à la Conférence pour les Femmes, mais c'est un thème et problème importants pour la moitié de l'humanité qui est représentée par nous les femmes. (Et je pourrais bien ajouter : c'est la meilleure moitié de l'humanité - j'en demande pardon, comme il se doit à tous mes frères.) Je pense qu'il est temps de prendre nos responsabilités dans la conduite des affaires du monde, et dans une certaine mesure de nous impliquer dans ce qui se passe dans le monde et pour nous-mêmes.

" Quant à ce que l'Islam a à offrir - je ne veux pas vous faire un cours sur les principes de l'Islam et ainsi de suite… Il fait trop chaud à cette heure-ci et sous cette tente pour parler sérieusement. Mais, je dis simplement que l'Islam, de la façon dont je le comprends est une religion qui met l'accent sur l'aspect social plutôt que sur l'aspect simplement personnel ou individuel. Dans la religion Musulmane, tout ce que la foi exige, tout ce que les Musulmans ont à faire, les cinq piliers de la foi, tout est de nature sociale. Vous devez prier, mais vous devez prier dans une congrégation. Vous devez jeûner, mais vous devez jeûner avec toute la communauté et votre famille. Et vous donnez l'argent que vous devez donner aux pauvres, le zakat, et de cette façon, vous venez en aide à la communauté. Vous allez en pèlerinage à La Mecque une fois par an, si vous en avez les moyens - oh , une fois dans la vie, désolée ; personne ne le ferait une fois par an. En fait, on vous demande de ne pas y aller tous les ans pour permettre aux autres de faire le pèlerinage. Il s'agit d'environ deux millions de gens qui sont rassemblés pendant cinq jours dans les plaines de Mina à Arafat dans les alentours de La Mecque, et il faut voir cela : deux millions de personnes qui se rassemblent pour un court laps de temps une fois par an. Et de nouveau, cela renvoie à l'aspect social de l'Islam. C'est un moment où les Musulmans rencontrent leurs frères venus de pays lointains, qui parlent des langues inconnues qui ont des langages inconnus et des cultures différentes et ainsi de suite.

" Il y a 1.5 milliard de Musulmans dans le monde aujourd'hui - en tant que démographe, j'aime utiliser des chiffres - et on les trouve partout dans le monde. Alors, selon la façon de le pratiquer, il n'y a pas un Islam unique : les Musulmans pratiquent leurs croyances traditionnelles de nombreuses façons - selon leurs interprétations, selon leurs pratiques et ainsi de suite. Il y a donc une grande variété. Et, chez les gens qui ne connaissent pas l'Islam, il y a une méprise générale - et je ne crois pas que j'aie à m'en préoccuper à ce rassemblement ; je pense que vous êtes tous très à l'écoute et très conscients du fait qu'il y a d'autres traditions et d'autres croyances, mais ceux qui y sont moins confrontés pensent que l'Islam est une croyance unique, un peuple unique et qu'on peut coller tous les Musulmans dans la même catégorie. Et, c'est une interprétation tout à fait fausse, et un point de vue tout à fait erroné. Et, en un sens, cela nous dessert parce qu'alors, on ne sait pas comment s'y prendre avec cet énorme géant monolithique qui n'en est pas vraiment un ; il est multiple. Pour le même enseignement, il a une variété d'interprétations, et ainsi de suite. Alors, vous devez comprendre la religion telle qu'elle est, et non pas telle qu'elle est projetée par les gens qui ne la comprennent pas vraiment ou par les médias. Et je pense que cette responsabilité incombe aussi à la communauté Musulmane elle-même, parce que nous n'avons pas réussi à faire passer le message ou à refléter la véritable situation de la communauté Musulmane partout dans le monde, et, comme vous le savez, maintenant, nous sommes dans le champ de mire de bien des façons et de façon douloureuse. Et nous voulons nous occuper de ce problème. Nous devons trouver pour nous-mêmes qui nous sommes, ce que nous sommes et ainsi de suite.

" Bien, ce sont des questions graves, mais aujourd'hui, c'est un jour heureux et nous voulons rester joyeux et célébrer cette grand fête dont nous avons donné le coup d'envoi aujourd'hui en la présence d'Ammaji. Et de nouveau, je Lui formule tous mes vœux pour aujourd'hui. Merci de m'avoir invitée. Au-revoir. "

- Dr. Mahmood Abedin

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