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Un séva unique en son genre
28 novembre 2009 - Amritapuri

Il y a quelques jours un résident de l’ashram demanda à un autre: “Pourquoi sens-tu si mauvais?” L’autre lui dit : « Je reviens de mon séva. » Son interlocuteur dit alors en fronçant les sourcils : « Je me demande depuis quand les ordinateurs puent ? » Son interlocuteur répondit : « Mais non ! Aujourd’hui j’ai eu l’occasion de faire un séva unique en son genre. Cette occasion ne se présente que tous les dix ans. » Puis il se mit à donner des explications. Mais oui ! Le brahmachari évoquait le séva curage de la fosse septique de l’ashram.

Les quatre énormes fosses sceptiques se remplissent en 10 ans et il était devenu urgent de s'en occuper. D’abord, on prit contact avec un entrepreneur qui réclamait une somme énorme. Il lui fallait dix jours et 1500 dollars pour faire ces travaux. D’ordinaire, ses ouvriers s’enivrent à fond avant de s'attaquer à cette besogne. Quand ils font cette tâche on ne peut plus ingrate, ils ont besoin d’alcool pour s'oublier. Mais comme ils étaient à l’ashram, ils ne pouvaient donc pas se soûler. A contrecœur, trois des hommes étaient descendus dans la fosse sceptique tandis que deux autres attendaient à l’extérieur pour décharger le contenu des seaux dans le camion. Ils faisaient une pause toutes les demi-heures pour aller fumer un cigare ou chiquer du tabac à l’extérieur de l’ashram. Au bout de six heures, ils avaient débarrassé un camion d'immondices puis cessé le travail.

On ne parla bientôt plus que de cela à l’ashram. Au cours de notre souper, les plus anciens résidents de l’ashram se rappelaient de la manière dont Amma dirigeait à chaque fois les opérations de curage de la fosse septique. Il y a près de quatorze ans, la veille au soir du jour où elle devait initier la plupart de ses anciens disciples au sanyasa, Amma sortit de sa chambre et commença à vider la fosse septique. Elle convoqua tous les swamis qui avaient fait vœu de silence et jeûné pendant les trois jours précédents et elle leur demanda de nettoyer la fosse septique. Alors qu’ils commençaient les travaux, un peu d’excrément tomba tout près de la bouche de l’un des swamis et elle fit aussitôt remarquer : « Voilà un délicieux dessert! » en éclatant de rire. On était en train de vider la fosse de la résidence des filles pour la nettoyer, quand Amma tendit un seau d'immondices à l’un des swamis en lui disant : « Tiens, c'est toute la beauté d’une fille ». Ses paroles étaient lourdes de sens.

Ces souvenirs du bon vieux temps incitèrent les brahmacharis à entreprendre les travaux eux-mêmes. Le lendemain matin, quand nous annonçâmes notre décision à l’entrepreneur, il refusa d’y croire : « Cela ne nous dérange pas de nous en aller. Mais, swami, vider quatre fosses immenses, ce n’est pas une petite affaire ! J’suis sûr que vous aurez entre douze et treize camions à enlever. » De nombreux brahmacharis se proposèrent pour faire ce séva. En fait, il ne fallait pas plus d’une douzaine d’hommes. Mais deux fois plus que le nombre de bénévoles nécessaires avaient offert leurs services. Alors, nous nous sommes répartis en deux groupes. Nous avons convenu de travailler un jour sur deux. Bien vite, nous avons commencé à répéter les 1000 Noms tandis que quatre brahmacharis « expérimentés » sautaient à l’intérieur de l’immense fosse où s'était accumulée la ‘boue’ des dix dernières années.

Ce qui semblait humiliant pour les ouvriers se transforma en une fête pour les résidents de l’ashram.

A la fin de la première récitation de l'archana, nous entendîmes un « Ramaha, Ramau, Ramaaha » qui venait de l’intérieur de la fosse. Mais si ! C'était les brahmacharis qui révisaient leurs cours de grammaire Sanskrite. Ou plutôt non ! Ils se souvenaient de la plus précieuse leçon d’Amma : « Les chercheurs spirituels doivent dépasser leurs préférences et leurs aversions. »

Après les cours de Sanskrit, ce fût le tour des bhajans. Ceux d'entre nous qui n’avaient encore jamais chanté eurent alors l'occasion de montrer leurs talents. C'est tout en chantant dans la joie et la bonne humeur que les fosses se vidaient et que les camions se remplissaient d'immondices. A la fin de la journée, nous avions vidé deux fosses et rempli cinq camions. Le lendemain, après 90 minutes de cours sur la Mandukya Upanishad, le deuxième groupe se mit à l’œuvre. Après avoir écouté la Vérité Suprême des Upanishad, une merveilleuse occasion de mettre cet enseignement en pratique s'offrait à nous.

Le travail avançait, l’entrepreneur réapparut sur le site pour voir où nous en étions. Il fut stupéfait de voir les brahmacharis répéter les Noms Divins en vidant la fosse septique. Alors que ses ouvriers n'arrivaient à remplir qu'un camion par jour, les enfants d’Amma en avaient vidé cinq cargaisons la veille.

Alors que ses ouvriers avaient besoin d’alcool pour s'oublier, les enfants d’Amma n’avaient besoin de rien pour aller au-delà d'eux-mêmes. Ce que les premiers considéraient comme une basse besogne, les seconds en faisaient un acte d'adoration. Il dit : « Je vois bien qu'on vous prépare à atteindre vos objectifs. » Comme il avait raison !

Nous étions en train de vider la troisième fosse, lorsque nous eûmes la surprise de voir une grosse grenouille et sa famille qui coulaient des jours heureux au fond de la fosse. Nous voulions les faire sortir de là pour les libérer mais elles refusaient de quitter la fosse. Elles nous firent penser au mental bassement matériel qui refuse d'entrevoir les nobles vérités spirituelles que le guru est prêt à révéler. A la fin de la journée, les quatre fosses d'immondices avaient été vidées. A ce stade, quatorze camions bien remplis avaient été enlevés. Ce séva unique en son genre touchait à sa fin ; c’est alors que Thumban, le chien de l’ashram, arriva en courant. Remuant la queue, il jeta un coup d'œil plein d'amour dans la fosse et dit dans sa langue à lui : « Bravo ! » aux quatre brahmacharis qui étaient encore au fond de la fosse. Ainsi, s'achevèrent ces deux journées de fêtes : tout est bien qui finit bien.

 
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