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Fête des moissons
10 Janvier 2009 - Amritapuri

L'ashram a récemment acheté des terres à Thodiyoor – à environ 30 km d'Amritapuri. Amma avait conseillé de commencer à les cultiver. La moisson s'est terminée il y a quelques jours et on a apporté à Amritapuri les premières récoltes de gerbes de riz. Ces deux derniers jours, on a vu les résidents de l'ashram sans cesse à l'œuvre en train de battre le riz. La plupart des résidents ne connaissaient rien en agriculture, mais tout le monde était rempli d'enthousiasme et a vraiment très vite appris le tour de main.

D'abord, il faut battre les gerbes sur une surface dure pour ôter les grains. A certains endroits, on foule les gerbes aux pieds. Ici cela s'est fait uniquement à la main. Et c'était d'autant plus drôle. Ensuite il faut vanner la récolte pour séparer le grain de la balle. On fait lentement tomber le grain de haut – et avec un éventail on agite l'air pendant que le grain tombe; tandis que le courant d'air emporte la balle, le grain tombe par terre du fait de son poids. Ensuite on ramasse les grains. Ce sont les résidents de l'ashram et les visiteurs qui ont accompli cette tâche de bout en bout.

Hier Amma est venue mettre la main à la pâte. Et quand Amma fait du séva – il faut le voir pour le croire – les Brahmacharis, les Brahmacharinis, les étudiants de l'Université, les résidents de l'ashram, les dévots et les visiteurs, tout le monde veut faire quelque chose. Tout le monde s'activait pour s'emparer d'une gerbe de chaume et l'énorme meule a tout bonnement disparu en un rien de temps. On aurait dit une grande fête, tout le monde gesticulait gaiement pour secouer sa botte de toutes ses forces. Ce qui aurait dû demander environ deux jours de travail a été accompli en une heure et demie – et tout le monde se sentait exalté d'avoir fait ce travail. Tout le monde a participé de gaieté de cœur à ce qui autrement aurait pu sembler n'être qu'une simple corvée.

Le travail terminé, tout le monde était content et Amma était satisfaite. Après avoir participé activement, les étudiants se sont rassemblés autour d'Amma pour lui demander ce que représentaient la récolte et leur effort. Amma a répondu que dans l'Etat du Kérala la culture de la terre est en train de disparaître. Elle a donné l'exemple de l'état voisin du Tamil Nadu. Cet état ne reçoit de bonnes précipitations que deux fois par an – et malgré tout il produit d'excellentes récoltes. Alors qu'au Kérala qui reçoit des déluges de pluie, l'agriculture se meurt. « L'agriculture, c'est la vie même, Amma est triste que cela soit perdu de nos jours. Mais en voyant l'enthousiasme de mes enfants, Amma est sûre que l'agriculture ne disparaîtra pas. » Elle a parlé de ses plans pour entreprendre une rotation des cultures sur la même parcelle de terre – en cultivant chaque année du riz, de la moutarde et des légumes.

En voyant les étudiants si attentifs, Amma a continué en racontant ce qui se passait dans son enfance quand sa grand-mère la grondait parce qu'elle foulait le grain avec les pieds. En général, pour battre les moissons, on attache un bâton au-dessus de la tête et en s'accrochant au bâton, on bat le grain. Amma a expliqué comment on s'organisait pour le battage en ce temps-là.

« Chez sa grand-mère, Amma était chargée de protéger les grains qui séchaient au soleil contre les oiseaux tels que les perroquets ou les pigeons. Amma adorait tant la nature et la solitude qu'elle n'arrêtait pas de chanter tout le temps qu'elle veillait sur la récolte. Elle avait bien une fronde sur elle pour chasser les oiseaux – mais elle ne l'utilisait jamais contre les oiseaux, au contraire, elle adorait les regarder manger le grain. » Amma évoquait ses souvenirs....

« Même de nos jours, quand Amma est en voiture et qu'elle voit les champs verdoyants au bord de la route, son cœur est enchanté, c'est la même chose avec la bhakti. Les nuits de pleine Lune, quand les vagues de l'océan s'élancent vers la Lune, l'esprit d'Amma s'élance spontanément vers la nature.

Elle a raconté des histoires de son enfance quand elle vivait au milieu de la nature. « La famille d'Amma vivait à l'écart dans une maison tout entourée de petits bosquets. L'eau de la lagune coulait doucement. Amma courait pour attraper des libellules, elle grimpait aux arbres qui surplombaient la lagune. Elle était toute seule, alors elle n'hésitait pas à chanter. Elle parlait à la nature et elle racontait des histoires aux libellules. Quand c'était la pleine Lune ou qu'il pleuvait, elle dansait en chantant et en étreignant les manguiers et les cocotiers autour d'elle. » Amma a dit qu'elle éprouvait la même chose pour les champs verdoyants que ce qu'on ressent en revoyant un vieil ami qu'on n'a pas vu depuis longtemps ou en retrouvant sa mère après une longue séparation. « La nature, c'est Dieu sous une forme directement perceptible par nos sens limités, a répété Amma. Quand Amma se rendait à ses cours de couture, elle pouvait prendre la route qui menait directement à l'endroit où elle devait aller, mais non elle prenait toujours les petits chemins – parce qu'on y voyait bien plus la nature : des champs verts tout autour et le chant des oiseaux. Elle marchait gaiement le long du chemin en écoutant les oiseaux. » En revenant à la vie des étudiants, Amma leur a dit : « Si seulement vous pouviez réellement aimer la nature, ce serait votre meilleure fiancée. Vous n'auriez même pas besoin de vous marier! Comme le poète qui écrit un poème et qui attend le vers suivant, vous n'auriez plus rien d'autre en tête. Aimez la nature, parlez-lui – la nature est notre vraie famille. »

Amma a ajouté: « La population mondiale s'accroît de façon alarmante et le nombre d'arbres diminue dans le monde. De nos jours, les corbeaux doivent avoir recours à des bouts de plastique et de ferraille pour bâtir leurs nids car ils ne peuvent plus se procurer assez de brindilles, tellement les arbres sont devenus rares. Aujourd'hui, l'usage des pesticides et des produits chimiques pour améliorer l'apparence des produits alimentaires est devenu tellement répandu – Pour certains, ce serait la seule solution pour sortir de la pauvreté. » Tout en parlant, Amma s'est mise à se gratter le bras (c'est ce qui arrive quand on travaille dans la paille, les fines particules de paille se mélangent à la sueur du corps, et provoquent des démangeaisons). Elle a conseillé aux étudiants d'utiliser toute la place disponible qu'ils pouvaient trouver – y compris les terrasses des derniers étages – pour faire pousser quelque chose. « Essayez de cultiver des légumes qui ne soient pas remplis de produits chimiques toxiques. Au Japon, on cultive des fleurs et des légumes dans des pots suspendus un peu partout, même si les maisons sont petites. » Elle a conseillé aux jeunes de faire renaître la culture de l'agriculture et d'y consacrer au moins une heure par jour et dans la mesure du possible d'atteindre l'auto suffisance.

Elle a remarqué qu'à l'Ouest les jeunes occidentaux sont bien plus conscients de ces problèmes et qu'ils veulent sincèrement opérer des changements positifs pour remédier à la situation. En France, on utilisait traditionnellement du torchis pour isoler les murs et se protéger du froid. En Allemagne, le groupe AYUDH (Amrita Yuva Dharmadhara – la section jeunesse du MAM) a essayé de réaliser une construction du même genre mais en utilisant de la paille – cela revient moins cher, c'est plus pratique et il est plus facile de s'en procurer. A l'ashram français d'Amma, on a construit un bungalow en terre paille, et il est prévu cet été de construire également des murs en paille qui contiennent des ruches. Les ruches peuvent servir de chauffage naturel pour la maison pendant l'hiver : elles peuvent maintenir une température intérieure d'environ 21 degrés Celsius.

Là-bas les jeunes prennent cela très au sérieux. Dès qu'Amma exprime une idée, ils s'en emparent tout de suite pour la mettre en pratique en un rien de temps. Pendant une pause au cours du dernier tour d'Europe, Amma avait parlé d'installer des ruchers pour récolter du miel. A la fin du tour, quand Amma est revenue dans ce même pays, les jeunes lui ont amené du miel des ruches qu'ils avaient installées!

Amma a utilisé la rhétorique pour demander si l'agriculture, en soi, n'était pas notre vie. Comment ferait-on pour vivre sans elle ? Elle a fait l'éloge des mères de famille qui font passer ce samskara (culture) à leurs enfants dès leur plus jeune âge parce que c'est bon pour tous ceux que cela concerne. Amma a dit qu'elle avait reçu ce samskara à la maison chez elle. Mais qu'en est-il des générations actuelles...?

Amma nous fournit de nombreuses occasions d'adopter la bonne attitude et de faire ce qu'il faut au bon moment. Il appartient à chacun de nous de les saisir dès maintenant.

– Sakshi

 
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