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Un espoir pour ceux qui perdent pied
Le problème du suicide en Inde et les solutions d'Amma
25 février, Bharata Yatra 2008 — Ahamed Nagar, (Maharashtra) Arrêt au bord de la route entre Pune et Mumbai

Certains dévots occidentaux voyageant avec Amma n'ont compris toute la gravité de l'épidémie de suicides qui sévit dans la région qu'après avoir assisté au programme de Vidarbha.. Les chiffres défient l'entendement avec un suicide d'agriculteur toutes les huit heures, soit plus de 1000 suicides par an. Voulant avoir une vision plus claire du problème, l'un de ces dévots a demandé à Amma d'expliquer la situation et les mesures qu'elle propose pour y remédier.

“Toute la vie de ces gens tourne autour de l'agriculture.” dit Amma. L'état devrait leur venir en aide. C'est ce qu'il fait dans certaines régions, mais pas de manière très efficace. Ailleurs l'état ne fait rien du tout. Certains agriculteurs cultivent de toutes petites surfaces quelques ares ou à peine plus d'un hectare. Ils n'ont pas d'autres sources de revenus. S'il y a un problème ou si la récolte est mauvaise, ils font faillite. Il arrive qu'au moment des semailles, le prix soit de 20 ou 30 roupies du kilo, mais qu'au moment de la moisson les cours s'effondrent et descendent à 10 roupies et même moins. Quand cela se produit, la seule solution qui leur reste s'ils veulent continuer à cultiver leur terre, c'est de souscrire des emprunts en hypothéquant leurs terres. Bien souvent ils ne peuvent pas emprunter à des banques officielles ou à des organismes gouvernementaux, ils doivent se rabattre sur des usuriers. Ces derniers prêtent à des taux exorbitants qui peuvent aller jusqu'à 30 ou 40 pour cent. Les banques officielles refusent de leur prêter de l'argent parce que le risque de ne pas être remboursées est trop élevé. Les taux d'intérêt grèvent tellement le budget des agriculteurs qu'au bout du compte ils n'ont plus de quoi payer leurs employés. En plus il arrive qu'ils aient des frais supplémentaires, par exemple des filles en âge d'être mariées et à qui il faut donner une dot. En conséquence, ils se retrouvent dans une situation financière absolument intenable. Les agriculteurs se sentent totalement démunis et ne voyant plus d'autre issue décident de se suicider. Ils donnent du poison à boire à leurs enfants avant d'en prendre eux-aussi. »

Amma a ajouté que dans la plupart des cas, les champs ne sont cultivés que par les membres de la famille. Une grosse part de la responsabilité des travaux des champs revient donc aux enfants qui doivent en conséquence abandonner leurs études très jeunes. Amma a expliqué que le programme Vidyamritam de l'Ashram qui doit donner des bourses d'études à 30.000 enfants indiens concernés vise à résoudre ce problème. « Il faut au moins donner aux enfants qui sont intéressés la chance de faire des études. » dit Amma. « Avec ne serait-ce qu'une scolarité de base, ces enfants et leurs familles auront un éventail plus large de sources de revenus. »

“Amma sent que ce problème vient du fait que traditionnellement, la vie de ces gens est intrinsèquement liée à l'agriculture. Si on leur propose d'autres sources de revenus, cela pourra peut-être les aider. »

Ensuite Amma a parlé du programme Amrita Sree (programme Amrita pour l'emploi, l'autosuffisance et l'aide à la création d'entreprises ) mis en place par l'Ashram. « L'Ashram a organisé des stages de formation professionnelle pour des groupes de femmes issues de ces familles. Ces groupes reçoivent un capital de départ pour lancer des petites entreprises rurales. L'Ashram coordonne ces groupes pour leur permettre d'emprunter de l'argent aux banques officielles. Cela aidera ces familles à devenir moins dépendantes des aléas de la nature et du succès des récoltes. »

Amma a marqué un temps d'arrêt et lentement promené son regard parmi les 400 disciples et dévots réunis autour d'elle – des gens venus du monde entier qui essaient de calquer leur vie sur le modèle de service désintéressé qu'elle donne. « Quand quelqu'un se noie dans une rivière, il est prêt à se raccrocher à n'importe quel fétu de paille pour sauver sa vie. » a t-elle ajouté. « Amma a l'impression que ce programme pourrait bien être ce fétu de paille qui leur apporterait au moins un peu d'espoir pour l'avenir. »

Ensuite Amma a envisagé le problème dans une perspective plus large. Les sols deviennent moins fertiles à cause de la pollution, du réchauffement climatique et de la demande accrue due à l'explosion démographique. Elle a souligné la nécessité qu'il y a pour l'Inde de faire plus de recherches dans le domaine des techniques agricoles et de la récupération de l'eau. « Nous devons nous mettre à chercher des moyens de stocker l'eau. » a dit Amma. « Nous devons apprendre à produire plus avec moins d'eau, à utiliser l'eau des lacs, des étangs et des rivières pour l'irrigation en l'acheminant jusqu'aux terres agricoles. »

Amma a déclaré qu'elle croyait que les méthodes agricoles artificielles sont un mal nécessaire. “Ces méthodes artificielles de culture qui servent à améliorer les rendements apaisent temporairement la faim dans le monde, mais au bout du compte, elles sont source de dégâts encore plus importants. » dit-elle. « C'est la même chose quand on croise un âne avec un cheval. On obtient une mule qui n'a ni les avantages du cheval ni ceux de l'âne. De la même manière, les méthodes agricoles modernes augmentent les récoltes mais en provoquant des dégâts en terme de santé physique et mentale. Mais c'est néanmoins nécessaire en ce moment. Telle est la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Cela peut encore durer un moment – tout comme la chimiothérapie peut faire gagner six mois aux malades du cancer. »

« En vérité, c'est pire qu'une troisième guerre mondiale. La guerre ferait mourir les gens sur le coup, pas à petit feu dans la souffrance comme c'est le cas maintenant. Il faut des efforts surhumains pour redresser cette situation. C'est seulement en nous unissant tous et en emplissant nos cœurs d'amour et de compassion que nous pouvons changer la situation. »

—Sakshi

 
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