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Certains
dévots occidentaux voyageant avec Amma n'ont compris toute la gravité
de l'épidémie de suicides qui sévit dans la région
qu'après avoir assisté au programme de Vidarbha.. Les chiffres
défient l'entendement avec un suicide d'agriculteur toutes les
huit heures, soit plus de 1000 suicides par an. Voulant avoir une vision
plus claire du problème, l'un de ces dévots a demandé
à Amma d'expliquer la situation et les mesures qu'elle propose
pour y remédier.
Toute la vie de ces gens tourne autour de l'agriculture.
dit Amma. L'état devrait leur venir en aide. C'est ce qu'il fait
dans certaines régions, mais pas de manière très
efficace. Ailleurs l'état ne fait rien du tout. Certains agriculteurs
cultivent de toutes petites surfaces quelques ares ou à peine plus
d'un hectare. Ils n'ont pas d'autres sources de revenus. S'il y a un problème
ou si la récolte est mauvaise, ils font faillite. Il arrive qu'au
moment des semailles, le prix soit de 20 ou 30 roupies du kilo, mais qu'au
moment de la moisson les cours s'effondrent et descendent à 10
roupies et même moins. Quand cela se produit, la seule solution
qui leur reste s'ils veulent continuer à cultiver leur terre, c'est
de souscrire des emprunts en hypothéquant leurs terres. Bien souvent
ils ne peuvent pas emprunter à des banques officielles ou à
des organismes gouvernementaux, ils doivent se rabattre sur des usuriers.
Ces derniers prêtent à des taux exorbitants qui peuvent aller
jusqu'à 30 ou 40 pour cent. Les banques officielles refusent de
leur prêter de l'argent parce que le risque de ne pas être
remboursées est trop élevé. Les taux d'intérêt
grèvent tellement le budget des agriculteurs qu'au bout du compte
ils n'ont plus de quoi payer leurs employés. En plus il arrive
qu'ils aient des frais supplémentaires, par exemple des filles
en âge d'être mariées et à qui il faut donner
une dot. En conséquence, ils se retrouvent dans une situation financière
absolument intenable. Les agriculteurs se sentent totalement démunis
et ne voyant plus d'autre issue décident de se suicider. Ils donnent
du poison à boire à leurs enfants avant d'en prendre eux-aussi.
»
Amma a ajouté que dans la plupart des cas, les champs ne sont
cultivés que par les membres de la famille. Une grosse part de
la responsabilité des travaux des champs revient donc aux enfants
qui doivent en conséquence abandonner leurs études très
jeunes. Amma a expliqué que le programme Vidyamritam de l'Ashram
qui doit donner des bourses d'études à 30.000 enfants indiens
concernés vise à résoudre ce problème. «
Il faut au moins donner aux enfants qui sont intéressés
la chance de faire des études. » dit Amma. « Avec ne
serait-ce qu'une scolarité de base, ces enfants et leurs familles
auront un éventail plus large de sources de revenus. »
Amma sent que ce problème vient du fait que traditionnellement,
la vie de ces gens est intrinsèquement liée à l'agriculture.
Si on leur propose d'autres sources de revenus, cela pourra peut-être
les aider. »
Ensuite Amma a parlé du programme Amrita Sree (programme Amrita
pour l'emploi, l'autosuffisance et l'aide à la création
d'entreprises ) mis en place par l'Ashram. « L'Ashram a organisé
des stages de formation professionnelle pour des groupes de femmes issues
de ces familles. Ces groupes reçoivent un capital de départ
pour lancer des petites entreprises rurales. L'Ashram coordonne ces groupes
pour leur permettre d'emprunter de l'argent aux banques officielles. Cela
aidera ces familles à devenir moins dépendantes des aléas
de la nature et du succès des récoltes. »
Amma a marqué un temps d'arrêt et lentement promené
son regard parmi les 400 disciples et dévots réunis autour
d'elle des gens venus du monde entier qui essaient de calquer leur
vie sur le modèle de service désintéressé
qu'elle donne. « Quand quelqu'un se noie dans une rivière,
il est prêt à se raccrocher à n'importe quel fétu
de paille pour sauver sa vie. » a t-elle ajouté. «
Amma a l'impression que ce programme pourrait bien être ce fétu
de paille qui leur apporterait au moins un peu d'espoir pour l'avenir.
»
Ensuite Amma a envisagé le problème dans une perspective
plus large. Les sols deviennent moins fertiles à cause de la pollution,
du réchauffement climatique et de la demande accrue due à
l'explosion démographique. Elle a souligné la nécessité
qu'il y a pour l'Inde de faire plus de recherches dans le domaine des
techniques agricoles et de la récupération de l'eau. «
Nous devons nous mettre à chercher des moyens de stocker l'eau.
» a dit Amma. « Nous devons apprendre à produire plus
avec moins d'eau, à utiliser l'eau des lacs, des étangs
et des rivières pour l'irrigation en l'acheminant jusqu'aux terres
agricoles. »
Amma a déclaré qu'elle croyait que les méthodes
agricoles artificielles sont un mal nécessaire. Ces méthodes
artificielles de culture qui servent à améliorer les rendements
apaisent temporairement la faim dans le monde, mais au bout du compte,
elles sont source de dégâts encore plus importants. »
dit-elle. « C'est la même chose quand on croise un âne
avec un cheval. On obtient une mule qui n'a ni les avantages du cheval
ni ceux de l'âne. De la même manière, les méthodes
agricoles modernes augmentent les récoltes mais en provoquant des
dégâts en terme de santé physique et mentale. Mais
c'est néanmoins nécessaire en ce moment. Telle est la situation
dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Cela peut encore durer
un moment tout comme la chimiothérapie peut faire gagner
six mois aux malades du cancer. »
« En vérité, c'est pire qu'une troisième guerre
mondiale. La guerre ferait mourir les gens sur le coup, pas à petit
feu dans la souffrance comme c'est le cas maintenant. Il faut des efforts
surhumains pour redresser cette situation. C'est seulement en nous unissant
tous et en emplissant nos curs d'amour et de compassion que nous
pouvons changer la situation. »
Sakshi
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