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Elle qui ne sait pas
Mais qui sait tout en ne sachant pas en même temps
22 Février 2006 - au bord de la NH7, entre Andhra Pradesh et Maharashtra

Dans le coin d'un champ de coton juste au bord de la NH7, à 5km au nord de la frontière entre Andhra Pradesh et Maharashtra.
Quand on va vers le Nord, d'Hyderabad vers Nagpur, le pays devient plus aride et plus chaud. Les collines caillouteuses qui constituaient jusqu'alors le paysage s'abaissent pour faire place à une terre parfaitement plate et, de surcroît, plus aride. Il n'y a que quelques végétaux qui puissent pousser dans de telles conditions, essentiellement du blé et du coton, rien qui ne constitue une ravissement pour les yeux. Du coup, la tristesse de la région donne aux quelques jardins fleuris une apparence encore plus théâtrale, tant on est brusquement surpris par cette étendue de couleur jaune.

Puis le paysage change dès qu'on quitte l'Andhra Pradesh pour le Maharashtra. A nouveau il y a des arbres, l'herbe réapparaît, les rivières recommencent à serpenter dans le paysage. A chaque kilomètre qui passe, le monde semble rajeunir de plus en plus.
C'est juste à 5 kilomètres au nord de la frontière du Maharashtra que la caravane d'Amma s'arrêta pour le déjeuner. Amma descendit de voiture, marcha jusqu'à l'angle d'un champ de coton et s'assit sous un manguier. Bientôt tout le monde se retrouva assis autour d'elle.

Des brindilles de fleurs de coton voletaient, et un petit français blond en " cueillit " un qu'il offrit à Amma. Tout le monde vit qu'Amma apprécia cela. Dans les mains d'Amma, cette brindille de fleurs devenait précieuse. C'était comme si pour Amma, rien ne pouvait être plus beau ou plus miraculeux. Finalement Amma dit " Ceux qui savent quelque chose devraient l'enseigner à ceux qui ne savent rien ". Peut-être était-ce juste une plaisanterie, mais pour ceux qui ont étudié les Upanishads, les paroles d'Amma résonnèrent de façon puissante.

Dans la Kenopanishad, pour expliquer que la Vérité Ultime est au-delà de ce que nous pouvons nous figurer avec notre esprit et que nous ne pouvons pas nous le représenter comme nous nous représentons un objet, le Gourou dit à ses disciples : "Si vous pensez 'je connais bien assez Brahma', en fait vous ne connaissez qu'une toute petite parcelle de ce qu'Il est dans le corps humain et une infime manifestation de ce qu'Il est parmi les dieux". Alors il leur suggère d'aller plus loin dans leur contemplation. Après l'avoir fait, un disciple annonça qu'en effet, il avait finalement réalisé : " je ne pense pas que 'Je connais bien assez Brahma'; Ce n'est pas que je ne le connaisse pas …. Je le connais et je ne le connais pas en même temps. Celui parmi nous qui comprend l'affirmation 'Ce n'est pas que je ne le connaisse pas, je le connais et je ne le connais pas en même temps' connaît Brahma".

Tout d'abord, tous ceux qui étaient assis autour d'Amma restèrent silencieux ; puis une femme américaine se leva. " Est-ce qu'Amma pourrait nous parler de la beauté de l'état de la réalisation divine, afin que nous soyons inspirés à faire des efforts vers le But ? ".

Réalisait-elle que sa question était parfaitement alignée avec les Upanishads ? Etant la seule dans le champ de coton qui appartenait à la catégorie de " ceux qui savent ", voire de " ceux qui ne savent pas ", Amma était la seule à pouvoir parler de ce sujet.

Les Upanisads ne concernent pas uniquement les Himalaya d'une époque passée, mais sont appropriés à chaque fois qu'un chercheur de la Vérité vient à un maître spirituel avec le désir sérieux de connaître la Réalité.
Amma dit " la béatitude d'un tel état existe en nous, toujours ; Tout comme la valeur d'un billet de 500 roupies, qui ne peut ni augmenter ni diminuer. C'est la façon de voir du Védanta. Cependant, du point de vue d'un dévot, si vous voulez gagner à la loterie, il faut d'abord que vous achetiez le billet. Le prix du billet est le lâcher-prise sur notre état d'esprit actuel ".
Amma donna alors un autre exemple pour montrer combien la contrepartie est grandiose quand on lâche l'ego sans valeur. " Les gens disent 'je possède ce petit bout de terrain', mais si vous pouvez lâcher votre attachement à ce terrain, le monde entier vous appartient. L'attitude du 'Je' et du 'Mien' est un obstacle. Il faut le lâcher ".

Alors Amma compara l'expérience de celui qui a atteint la réalisation divine à celle d'un amoureux en présence de sa bien-aimée. Mais tandis que la félicité et le bonheur de l'amoureux sont limités dans le temps à la présence de sa bien-aimée, pour celui qui a atteint la réalisation divine, le Bien-Aimé est partout -en toute chose et à l'inverse- et donc omniprésent dans sa béatitude.

Pour aider la femme -âgée d'une soixantaine d'années- à comprendre, Amma lui demanda de se rappeler de son premier petit ami, et de combien les premiers moments passés ensemble étaient enchanteurs. " Qu'il ait été beau ou pas n'avait aucune importance pour vous " dit Amma " parce que tout est beau là où il y a de l'amour. Cependant, alors que l'amour terrestre décline et est soumis à notre perception de la beauté, dans la réalisation de Dieu la béatitude et la beauté sont éternelles. Quand l'esprit devient beau, nous voyons la beauté dans toute chose."

Pour illustrer ce qui arrive quand nous devenons attachés à la beauté relative des objets, Amma donna l'exemple de quelqu'un qui épouserait Miss Monde. Quand ils viennent de se marier, il est dans la félicité du fait qu'il a réussi à conquérir l'amour de sa vie. Mais en même temps, beaucoup d'hommes sur la planète vont déprimer en apprenant qu'elle n'est plus disponible. " Peut-être même vont-ils prendre des médicaments pour lutter contre la dépression " dit Amma. Après quelque temps, le mari et Miss Monde commencent à se disputer, et le mari prend aussi des antidépresseurs. Amma alors souligne l'ironie de l'histoire en disant combien l'espoir revient chez les hommes de la planète quand ils apprennent le divorce de Miss Monde !

Amma dit alors que chacun devrait tourner son regard vers l'intérieur et y chercher Dieu, ou tâcher de voir Dieu dans le monde autour de soi.

Elle donna alors deux exemples de dévots qui ont suivi ce dernier chemin : les gopis de Vrindavan et le Sage Narada. Les gopis voyaient Krishna en toute chose et en toute personne, et le Sage Narada n'inspirait pas ou ne faisait pas un pas sans prononcer son mantra.
" Quand nous nous installons dans l'amour, tout devient beau " dit Amma " Notre but devrait être de voir la beauté dans tout. La création du Seigneur est magnifique et belle, et si vous pouvez voir le Seigneur en tout, chaque minute devient magnifique et belle. Si nous pouvons conserver ce souvenir, nous n'avons besoin de rien d'autre ".

-Sakshi

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