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L'Onam d'Amma
5 septembre 2005 - Amritapuri

Quand le reporter d'un grand journal de langue malayali de l'état du Kérala a demandé récemment à Amma de lui raconter ses vieux souvenirs du festival d'Onam, un inoubliable Satsang s'en est suivi. En parlant d'Onam et de la vie du village de sa jeunesse, Amma trouva là le moyen parfait de partager sa vision de la vie, une vision où chaque jour est une célébration.

[Onam est un festival spécial de l'état du Kérala. Lire plus sur Onam]

Vivre le Principe

"Selon ma vision, chaque jour est un festival d'Onam ".

Dans ce village, toutes les maisons sont proches les unes des autres, aussi le soir, les enfants allaient dans les maisons du voisinage pour jouer, et puis il se pouvait même qu'ils y dînent et y dorment. Qu'il s'agisse d'un garçon ou d'une fille, leur mère ne s'inquiétait pas parce qu'elle savait que son enfant était en sécurité.

" Quand quelqu'un vous rendait visite, vous lui donniez à manger. En retour, quand vous rendiez visite à quelqu'un, on vous donnait à manger. Il n'y avait pas besoin d'allumettes, on prenait directement des braises d'un feu là où il y en avait un d'allumé, peu importait à qui ce feu appartenait. De même, quand on allumait le deepam pour les prières du soir, on l'allumait avec le feu que l'on trouvait dans la maison d'un des voisins. C'est ainsi que cela fonctionnait. "

"Même si un étranger se présentait à votre porte, on lui fournissait le logement. Même s'il s'agissait d'une petite maison, les habitants trouvaient néanmoins de la place pour lui dans un débarras ou bien dans l'étable."

"Dharma et amour étaient apportés à travers toutes ces choses dans ma jeunesse."

" Pour le festival d'Onam, les gens achetaient et portaient des vêtements neufs. Habituellement, ils mangeaient du poisson pour le déjeuner, mais pendant Onam ils ne pêchaient pas. Ils mangeaient du payasam et des currys végétariens. "

" La baguette de tambour " [la cosse de l'arbre Moringa] était une spécialité. Dans chaque maison on avait pour habitude de faire pousser un arbre à " baguette de tambour ", afin de pouvoir en avoir tous les jours…mais à l'occasion d'Onam, on achetait d'autres sortes de légumes afin de préparer des currys réservés à cette occasion."

Environ 50 ou 60 familles de chaque village se rassemblaient dans la cour, ils installaient une grande balançoire et ils chantaient des chansons sur le roi Mahabali, comme par exemple :

" Maveli nadu vaneedam kaalamManushayellavarum onnu pole "

[Au temps où Mahabali dirigeait le pays tout le genre humain vivait comme s'il ne faisait qu'un.]

" Vingt filles et garçons étaient assis ensemble et chantaient. Passés 12 ans, les filles n'étaient pas envoyées dans les boutiques du village pour acheter des choses, mais pendant Onam, garçons et filles se mélangeaient et ils dansaient et chantaient, et ils préparaient les pookkalams [mandalas faits de pétales de fleurs]. C'était çà la célébration d'Onam. "

" Pendant les dix jours que durait le festival d'Onam, les enfants jouaient sans être grondés ou recevoir de fessée de quiconque de la famille. Durant ces 10 jours, ils avaient la liberté de jouer, de crier et de faire du bruit. Normalement la règle est que les filles ne doivent ni parler fort ni courir : " Si elles marchaient, la terre ne devait pas le sentir. " Les garçons pouvaient courir. Mais pendant ces 10 jours, les filles pouvaient courir, pousser des hurlements, et crier. Il n'y avait pas de différence entre les garçons et les filles. Ils dansaient ensemble. "

" Amma ne pense pas qu'en dehors de ces simples traditions, les gens du village d'Amma aient compris un quelconque principe derrière Onam. Bien qu'ils chantaient les chansons, ils n'en comprenaient pas leurs significations profondes. Au temps où Mahabali dirigeait le pays tout le genre humain vivait comme s'il ne faisait qu'un. Cela ne veut pas dire que tout le monde avait la même taille, les mêmes talents, etc. Ce n'est pas cela. Chacun vivait son propre dharma. "

" Dans ma jeunesse, quand quelqu'un venait à la maison, et ce, quel que soit le moment, ma mère lui servait à manger. Et elle donnait aux enfants l'eau dans laquelle elle avait fait cuire le riz, en ajoutant dedans de la noix de coco râpée. Elle s'inquiétait au sujet des invités. Avaient-ils assez à manger ? Etaient-ils ou non heureux ? Elle n'était pas inquiète que ses enfants aient eu assez de nourriture ou non. Son inquiétude était de savoir si oui ou non les estomacs des invités étaient remplis. Nous préparions du thé à quiconque venait et peu importait quelle heure il était, de même que l'on donnait du paan et des beedis. Les rendre heureux et qu'ils se sentent bien. Leur donner tout le confort. Seules ces pensées importaient. Même s'ils ne connaissaient pas le principe, ils vivaient le principe. "

" Même si les gens du village étaient très pauvres, ils achetaient de nouveaux vêtements pour Onam. Ils étaient si contents, Quand ils recevaient leurs nouveaux habits, ils devenaient aussi heureux que lorsqu'un homme mourant de faim reçoit de la nourriture. C'était le sommet du bonheur pour eux. "

" C'était un temps rempli de joie, mais aussi un temps où ils mettaient de côté leurs notions de " Je " et " c'est à moi ". Les différences entre riches et pauvres disparaissaient. Les pauvres étaient les bienvenus dans les maisons des gens riches, et les riches descendaient au niveau des pauvres. Ils mettaient de côté leur ego, de cette façon se transformant eux-mêmes de petits en grands, de la graine en arbre - l'arbre qui donne de l'ombre même à celui qui est en train de le couper, l'arbre qui a de la patience de l'amour et de la générosité. "

" Pendant Onam, mes parents donnaient au mooppan, [le grimpeur de cocotiers] de nouveaux vêtements et de l'argent, ainsi qu'aux charpentiers, aux dhobis [les hommes du nettoyage]….Et en retour, ils amenaient tous quelque chose à mon père, comme du chunnamba [de la chaux vive - dont quelques pincées sont mélangées à la noix de bétel pour faire le paan]." Une fois lors d'Onam, le frère d'Amma a donné des vêtements au mooppan, et il les lui a jetés au lieu de les lui tendre. Quand les dhobis venaient, ils ne touchaient pas au puits. Il fallait leur donner l'eau. Ils ne touchaient pas au puits. Cela rendit Amma triste. Amma ne comprenait pas pourquoi c'était comme cela. Amma voulait qu'ils aillent chercher eux-mêmes leur eau du puits. Mais le père de la famille n'aimait pas çà. Maintenant une telle chose n'existe pas - c'était dans ma jeunesse. "

" Ils comprenaient que pour recevoir la Grâce de Dieu, il leur fallait servir le pauvre. Mais ici l'intouchabilité était présente. Ils servaient quand même le pauvre parce qu'ils voulaient la grâce de Dieu. Cependant, quand ils servaient la nourriture, ils la mettaient par terre. Ils ne connaissaient pas le principe. "

Les Examens Pre-Onam : Hier Versus Aujourd'hui

" De nos jours, les enfants sont impatients d'accueillir le festival d'Onam, mais ils sont aussi tendus à cause de leurs examens. L'Onam et les examens d'aujourd'hui sont différents de l'Onam et des examens d'antan. Du temps où j'allais à l'école, il n'y avait pas d'autres langues enseignées au troisième niveau. L'anglais et l'hindi étaient seulement enseignés au cinquième niveau. Quelques mots d'hindi étaient enseignés à l'école. Amma a appris l'anglais [l'alphabet] juste en regardant le calendrier. A cette époque, il n'y avait pas tant de livres et moins de tension. "

" Lors de la plupart des vacances, les enfants allaient à proximité des manguiers afin de faire tomber les mangues. Au moins six mois de l'année, les bras morts des lagons étaient frais. Tous les enfants courraient et sautaient dans l'eau, et hurlaient et criaient. En entendant cela, les adultes venaient et les battaient, mais après qu'ils les aient laissés, les enfants sautaient de nouveau dans l'eau. Il n'y avait que lorsque nos vêtements étaient mouillés que nos familles venaient à le savoir. Dans des villages comme celui-ci jusqu'à l'âge de cinq ans, les enfants n'ont pas l'habitude de porter des vêtements. Il n'y avait pas de honte à cela. Ils portaient un aranjnanam [une bande qui ressemble à une ficelle] attaché autour de la taille. Ceux qui étaient plus âgés sautaient dans l'eau avec leurs vêtements, et une fois dans l'eau, ils enlevaient leurs vêtements, les roulaient en boule, et les jetaient sur le rivage. Ils aimaient jouer, nager…Toutes les vacances se déroulaient ainsi - faire tomber les mangues et nager dans les bras morts des lagons. Amma ne pense pas que les enfants étaient très tendus pour leurs examens dans ces villages. Il y avait juste quelques textes à étudier. Il n'y avait pas besoin d'être tendu. "

Cueillir des Fleurs pour Faire des Pookkalams

" Quand Amma est devenue un peu plus grande, elle allait ramasser des toopu [de longues tiges tendres souvent utilisées pour nourrir les chèvres]. Il y avait juste une maison à droite à proximité de la nôtre. Toutes les maisons étaient entourées par l'eau et une petite étendue boisée. Il y avait de petites étendues comme celle-ci autour du kayal [ le bras mort du lagon]. Dans des lieux comme ceux-ci, il y avait un petit arbre appelé kambatti [à partir duquel le toopu est récolté]. J'allais là pour ramasser de l'herbe pour les vaches. Les fleurs avaient l'habitude d'y pousser tout autour [fleurs qu'Amma cueillait pour faire des pookkalams, les décoratifs mandalas en pétales de fleurs du festival d'Onam]. Puis quand je fus encore un peu plus grande, j'allais vers l'est [à travers les bras morts des lagons vers Vallikavu]. Pendant un moment j'ai appris là-bas le métier de tailleur. Je nageais vers l'autre plage, et tenant les fleurs dans ma bouche, je nageais de nouveau vers l'autre rive. "

Onam ne Doit pas Etre Célébré qu'Un Jour par An

" Pour moi Onam n'est pas quelque chose que l'on doit célébrer un jour par an - faire en sorte que chacun ait suffisamment de nourriture et de vêtements. Il doit être célébré tout au long de la vie. Chacun doit faire de chaque jour une célébration d'Onam. Célébrer juste une fois par an …cela ne veut rien dire pour moi. Pour comprendre ce principe, vous devez comprendre la spiritualité. "

" Le monde d'aujourd'hui croit que la plus grande des relations qui soit, est la relation entre un enfant et sa mère. Mais dans mon monde, elle ne l'est pas, la relation Maître spirituel - disciple est la plus grande des relations qui soit. Parce que quand vous comprenez la spiritualité, vous comprenez le principe, vous devenez expansif. Vous perdez votre sens du " c'est à moi ". Ma mère, mon père, mon enfant, mes parents…Dans la relation Maître spirituel - disciple, tout devient " A Vous " [qui appartient au Seigneur]. Le " Je " disparaît. Seul l'Atman existe. Aimer et servir les autres comme son propre Soi. Quand la main gauche souffre, la main droite vient et la console. C'est avec cette bhava [sentiment et attitude] que nous devons vivre la vie. C'est le Principe qui se cache derrière Onam. "

" Deux plus deux font toujours quatre. Personne ne peut faire que cela donne cinq. Le soleil se lève à l'Est, et se couche à l'Ouest. Et cela se passe de même à Onam. Aussi, il n'y a rien de neuf à Onam. Amma n'a pas le sentiment qu'Onam soit un moment particulier. Puissent les gens avoir l'esprit tourné vers l'amour et le service des autres, et la célébration de la vie chaque jour - pas seulement pendant Onam. C'est la vision d'Amma. "

" Vous devez comprendre la spiritualité, notre dharma . La route est pour la circulation, mais vous devez néanmoins suivre les règles. Nous sommes nés pour être heureux. En parallèle à cela, vous avez un dharma. L'enseignante à son propre dharma, la mère a son propre dharma… Quand l'enseignante est à l'école, elle doit suivre le dharma d'une enseignante, mais quand elle est à la maison elle doit suivre le dharma d'une mère. Tout a son propre dharma. Nous devons agir en fonction de notre propre dharma. Alors la circulation de la vie se fait dans l'harmonie. Que Dieu existe ou non n'est pas la question. Sans se soucier de la réponse, oh combien son message est utile dans notre vie ! C'est cela que nous devons rechercher. "

Nous Avons Perdu Notre Discernement

" Nous devons développer le langage du cœur. Mais de nos jours nous ne développons que nos intellects. Quand il y a un mélange de sable et de sucre, l'intellect ne peut distinguer entre les deux, mais la fourmi qui vient ne prend que le sucre. C'est cela la beauté du cœur. "

"L'intellect est comme une paire de ciseaux, coupant tout en deux. Les gens disent qu'ils ont grandi, mais Amma ne voit aucune viveka.[faculté de pensée discriminative] en eux. Ils disent qu'ils sont en train de grandir, mais Amma ne les voit pas se développer. Ils sont intelligents, mais ils n'ont pas de viveka. Ils ont l'information, mais ils n'ont pas la bodha [la conscience]. L'intellect a grandi, mais le cœur s'affaiblit. Ils ont de belles maisons, mais leurs familles partent en morceaux. C'est le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Aussi, il n'y a pas de comparaison entre le Onam d'aujourd'hui et le Onam d'hier. Aujourd'hui, c'est mécanique. Hier, cela était vibrant de vie. Ils vivaient le principe. Aujourd'hui, bien que certains connaissent le principe, ils ne s'en montrent pas à la hauteur. Nous avons perdu notre viveka. L'intellect a grandi, mais notre viveka a été perdue. "

" A cause de ce manque de viveka, la distance entre les membres des familles est de plus en plus grande. S'il y a trois membres dans une famille, ils vivent comme trois îles. Nous ne sommes pas des îles solitaires, nous sommes connectés comme les maillons d'une chaîne. Ce que nous montrons à nos enfants, nos enfants l'imiteront. Si nous ne prenons pas soin de nos parents, nos enfants ne prendront pas soin de nous. C'est vers cela que nous nous dirigeons. Nous obtenons ce que nous donnons. C'est la meilleure preuve du principe du karma. "

" Aujourd'hui aussi il y a des célébrations mais les familles vont au restaurant. Avant, tous les enfants même de places éloignées venaient à la maison. Ils chantaient, jouaient, et mangeaient ensemble. Pas seulement les enfants de la famille immédiate, mais tous les enfants, mères, pères, etc. venaient au taravadu [la maison des ancêtres]. De nos jours, ils mangent soit au restaurant, ou mangent dehors. Avant, ils préparaient pendant des semaines à l'avance décortiquant et pillant le riz pour tous les membres de la famille à venir. "

La Relation de l'Amour

" J'ai vu ma mère alors qu'elle était en train de moudre les poudres de curry - l'enfant était un petit peu plus loin et le lait coulait un peu de sa poitrine et mouillait sa chemise. Immédiatement, elle disait " oh, mon enfant a faim ! ". Peut-être l'enfant était dans la maison d'à côté. Ou peut-être il était avec les enfants plus âgés. L'enfant n'est pas avec la mère, mais elle ressent les besoins de son enfant. Le lait n'arrête pas de couler de sa poitrine. Alors, elle se tient la poitrine et dit " mon enfant a faim ! " Et si vous trouviez l'enfant, vous vous rendiez compte que cela était vrai. La mère n'a pas entendu son enfant crier. La vibration de l'enfant a atteint la mère, et du lait coule de la poitrine de la mère. C'est çà la relation de l'amour."

" Amma a voyagé tout autour du monde. Quand elle écoute les problèmes des gens, elle comprend combien nous avons dévié de nos valeurs, combien nous avons perdu. "

" De nos jours, les gens achètent des cartes, par exemple des jours comme la Saint Valentin avec des mots " Je t'aime " écrits dessus, mais auparavant, il n'était pas nécessaire de dire de telles paroles. Maintenant ce ne sont que des mots. "

" Ce n'est pas l'action mais l'attitude qui est la chose la plus importante. Avant, les gens avaient l'attitude correcte ".

Sakshi

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