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Reportage à l'orphelinat d'Amma, Amrita Niketan
14 Août 2005 - Paripally

L'orphelinat et le collège Amrita de sanskrit, qui le jouxte, ont célébré de nombreuses fêtes religieuses cette année, utilisant ces périodes non seulement comme une coupure par rapport à la routine de l'école mais également comme moyen de célébrer, d'apprécier et de comprendre leur héritage. Les fêtes religieuses ont traditionnellement joué un rôle unique dans le tissu culturel socio-spirituel de l'Inde.

A l'orphelinat, pour l'occasion, la famille est reconstituée par les autres enfants, le corps enseignant et les gens du voisinage. Les principaux évènements célébrés à l'orphelinat sont l'anniversaire d'Amma, Noël, et souvent Krishna Jayanthi et la nouvelle année à la fois à l'occidental et selon la tradition indienne, à l'ashram et en présence d'Amma. Durant ces célébrations, ils décorent la salle de prière et les alentours selon la tradition et reçoivent un repas spécial pour l'occasion. Ils apprécient particulièrement ces activités et tous y participent d'une façon ou d'une autre.

L'approche du Festival Annuel de la Jeunesse qui rassemble toutes les écoles est un événement majeur pour les enfants. Ils participent alors à des concours de récitation, de sanskrit, d'écriture, de peinture, de théâtre, de musique et la réalisation de costumes. Amma assure financièrement tous leurs besoins en nourriture, vêtements, livres, soins médicaux et elle leur accorde des aides spéciales pour les activités artistiques notamment pour les instruments de musique et les costumes dont ils ont besoin pour les spectacles qu'ils donnent.

L'an dernier, l'orphelinat a gagné le championnat de sanskrit de l'état. Ce collège est unique parmi les écoles d'Amma car il propose des études de sanskrit dans son cursus. Il accueille 2500 élèves chaque année.

Durant la fête de la jeunesse, j'ai été particulièrement émue par une chanson qui, je l'ai découvert plus tard, s'appelait Ashtapadi ; une chanson en huit strophes en l'honneur de Krishna utilisant des éléments de sa vie et de celle des gopis. C'est une forme d'art particulier au Kérala, qui remonte au VIIIè ou IXè siècle. Vint ensuite le Pathekom qui est un art traditionnel des temples kéralais. Il était pratiqué dans les cours royales du Kérala comme moyen offert aux sujets de faire entendre au roi leur insatisfaction. On utilisait alors les histoires contenues dans les Puranas en y adjoignant des commentaires comiques concernant des évènements actuels afin de l'informer indirectement sans le questionner ni le critiquer.

Un peu plus tard, j'entendis de la musique venant d'une autre estrade, toute proche, où avait lieu une compétition musicale incluant une chanson en sanskrit. Ailleurs, se déroulait un concours de dessin, peinture et récitation en anglais et en malayalam. J'étais impressionnée par l'importance de l'organisation d'une telle manifestation. De jeunes élèves, hôtes et hôtesses, portant des badges, servaient de l'eau aux autres élèves et aux visiteurs, du thé et du lait de coco aux juges et aux invités. Un jeune garçon timide portait un grand badge avec une photo d'Amma où l'on pouvait lire " toujours à votre service "

Des groupes d'élèves allaient de place en place pour voir les différentes compétitions et encourager leurs amis. Ils allaient toujours par petits groupes, se tenant souvent par la main ou s'appuyant les uns sur les autres. J'ai vu des jeunes filles musulmanes, reconnaissables à leurs foulards, en compagnie de jeunes hindoues et de jeunes chrétiennes, se déplaçant, comme une volée de moineaux, leurs longues écharpes flottant au vent.

Plus tard, je discutais avec Ashwathy, chef des classes de 10è, qui prononça le discours de bienvenue en sanskrit. Elle aimait naturellement cette langue et, encouragée par ses parents, elle s'était inscrite à l'école d'Amma. Je lui ai demandé alors de me parler de son expérience à école. Elle m'a raconté à quel point l'amour et les encouragements prodigués par les professeurs la rendaient unique. Elle aimait aussi les amies qu'elle s'y était faites. Elle souhaitait se spécialiser dans le sanskrit parce qu'elle sentait que les gens qui étaient intéressés par cette langue avaient un esprit élevé et étaient doués intellectuellement. Elle a rencontré Amma pour la première fois au Brahmasthanam de Trivandrum l'an dernier, alors qu'elle présentait un texte en sanskrit. Elle m'expliqua, qu'après son darshan, elle sentit en elle une joie intense et indescriptible. Cette expérience restera pour elle l'une des plus importantes de sa vie.

Nous avons aussi rencontré Krishnapriya. Nous l'avions vu danser lors du cinquante et unième anniversaire d'Amma et nous l'avons tout de suite reconnue. Tous semblaient impressionnés par la prestation de cette jeune fille, présentant avec une merveilleuse assurance le Chakyarkuttu, art traditionnel du Kérala ; d'ailleurs la scène était pleine à craquer. Je lui ai demandé ce qu'elle ressentait quand elle se produisait. Elle m'a répondu qu'au début, elle était nerveuse mais qu'ensuite immergée dans son art, elle oublia tout et le fait de se produire devant Amma la rendit heureuse et sûre d'elle. Son frère, en 8è, étudie aussi dans ce collège. Je lui demandais alors pourquoi leurs parents les avaient inscrits là tous les deux. Elle me dit qu'ils avaient apprécié le cursus et la réputation de l'école, qu'ils avaient trouvée complètement différente des autres. Ici on ne chahute pas. L'atmosphère est calme et sereine comme dans un temple où l'on peut sentir puissamment la présence d'Amma. Elle espère bientôt rejoindre l'école de médecine d'AIMS.

Pendant cette joyeuse excitation de Niketan, l'équipe de l'école doit continuer le dur travail qui consiste à cuisiner pour les 500 enfants qui y résident, garder les abords propres, les surveiller et soigner les malades. Au beau milieu de ces multiples activités, ils arrivent à trouver du temps pour méditer et s'adonner à d'autres pratiques spirituelles.
Le dévouement de l'équipe de Paripally pour donner aux enfants une vie agréable tout en continuant leurs pratiques spirituelles est très inspirant.

La fête se termina par des discours de clôture des membres de la direction de l'école et par la remise de trophées et de certificats. Cette année les enfants de Niketan ont gagné le premier prix en danse en groupe, en chant choral et en rédaction en Panchavatyam et en anglais.

En clôture, les enfants ont interprété très joliment la chanson " Lokaha Samastha " composée pour le cinquantième anniversaire d'Amma.

Cette compétition a servi à renforcer pour tous les élèves le sentiment de l'importance des traditions culturelles. Ces enfants venant des classes les plus défavorisées ont pu se mesurer, à égalité, avec des enfants des classes privilégiées. Malgré les nombreux obstacles qu'ils ont expérimentés, ces enfants de milieux défavorisés, ont pu exprimer leurs talents et leurs potentiels et trouver leur place dans le monde.

R. S.

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