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En quittant Chicago, le Tour d'Amma s'est dirigé vers l'est et
a fait une première étape sur la côte dans la capitale
fédérale, Washington D.C. Au deuxième jour de ce
programme qui en compte trois, une journaliste d'un journal à grand
tirage est venue s'entretenir avec Amma.
La dame est venue s'asseoir à côté d'Amma, Amma
était alors en pleine discussion à propos de maisons capables
de résister aux catastrophes pour les victimes du tsunami en Inde.
Pendant un moment, la journaliste est restée assise à regarder
Amma donner le darshan. En voyant Amma étreindre sans arrêt
les gens de la longue file du darshan, le reporter demanda à Amma
si elle ne se sentait pas fatiguée.
Amma a répondu en souriant : " Ce n'est
pas difficile pour une mère de s'occuper de ses propres enfants.
Il se peut que cela soit un travail pénible pour une nourrice,
mais par pour la propre mère de l'enfant. Ce n'est pas le travail
en soi qui est pénible, selon notre attitude en le faisant ce travail
sera facile ou difficile. Mais parmi les personnes qui viennent à
moi, je ne considère personne comme étant différent
de moi-même. " Amma se mit à rire en ajoutant
: " Est-ce qu'il nous arrive de dire que notre
tête est trop lourde à porter ? "
La journaliste a ensuite voulu savoir comment Amma en était venue
à sentir qu'en étreignant les gens, elle leur permettait
de se sentir mieux. Amma a expliqué qu'elle ressentait la peine
des gens désespérés comme la sienne propre. Quand
un enfant pleure, sa mère sent sa peine et spontanément,
elle court le consoler.
" Au début, " dit Amma,
" quand quelqu'un parlait à Amma de
ses problèmes, je l'étreignais et je le consolais sur mon
épaule. Puis, quelqu'un d'autre est arrivé et Amma a fait
la même chose ; et puis c'est quelqu'un d'autre qui est venu et
encore quelqu'un d'autre
Les gens ont commencé à remarquer
et à sentir que, quand Amma les étreignait, elle s'identifiait
complètement à leur peine
. C'est comme si on donnait
de l'eau pure à des gens qui ont longtemps bu de l'eau d'égout.
Bien sûr qu'ils vont sentir la différence et que cela va
les rendre heureux ! C'est ainsi que j'ai commencé à donner
le darshan en étreignant les gens."
Le reporter imaginait combien cela avait dû être difficile
de grandir dans un village reculé de la côte dans un milieu
conservateur ; elle a demandé s'il avait été très
mal vu qu'une femme prenne des hommes dans les bras.
" A la base, ce qui a suscité une
vive opposition aussi bien au sein de la famille que dans la société,
c'est le fait de s'éloigner de la voie toute tracée du mariage
et de la famille. " répondit Amma. "
Amma a été élevée dans une famille où
beaucoup de restrictions étaient imposées aux femmes. On
apprenait aux filles à marcher délicatement pour que le
sol ne bouge pas sous leurs pas et à parler doucement pour que
les murs ne les entendent pas. On ne les autorisait ni à parler
aux hommes, ni à les regarder, elles n'avaient le droit de se montrer
qu'après le départ de tout visiteur masculin."
"Mais à travers les âges, la maternité
a toujours été grandement révérée en
Inde. Amma a été très surprise de ne pas rencontrer
plus d'opposition ; en général, au début, il a été
bien accepté qu'elle étreigne ceux qui venaient à
elle. La pureté de la maternité a toujours fait partie intégrante
de la culture indienne. C'est peut-être grâce à cette
vénération pour la maternité que la société
a accepté les étreintes maternelles d'Amma."
Ensuite, le reporter a interrogé Amma sur sa religion.
" Je suis une mère, " a
répondu Amma. "J'ai été
élevée dans la religion hindoue. Mais la religion n'est
qu'un marqueur. " Ensuite, Amma a pointé le doigt au
loin. " Quand on nous montre un fruit qui
pend à la branche d'un arbre, si on regarde le doigt, on ne verra
pas le fruit. Pour voir le fruit, et le cueillir sur l'arbre, il faut
aller au-delà du doigt. Il en va de même pour la religion
; si l'on s'y accroche, on n'atteindra pas le but : la Vérité
; c'est elle le vrai fruit ; par-dessus tout, Amma est une mère.
La maternité est au-delà de la religion. "
Le reporter a ensuite demandé à Amma si elle pensait que
Dieu parlait à travers elle ou si elle se considérait comme
étant Dieu. Amma a répondu humblement : "
Je ne revendique rien. Je me suis offerte au monde. Quand vous vous êtes
fait offrande, que reste-t-il à revendiquer puisque l'ego a disparu
? Dieu est tout le monde. C'est seulement que la présence de Dieu
se manifeste de façon différente suivant les personnes.
Il y a des ampoules de voltages différents - des ampoules à
0 watt, des ampoules à 30 watts, des ampoules à 100 watts
etc. C'est la même électricité qui passe dans ces
ampoules, mais l'éclat est différent suivant les ampoules
qu'elle traverse. Le porteur (en Inde, les porteurs portent les bagages
sur leur tête) et le savant utilisent tous les deux leur tête.
Le premier utilise sa tête pour porter des charges ; le deuxième
l'utilise pour percer les mystères de l'univers. Tous ont le même
potentiel. Tout dépend de notre attitude et de la façon
dont nous développons nos capacités intérieures.
"
Avec tout le travail qu'elle fait en une journée, le reporter
se demandait s'il arrivait à Amma d'avoir du temps pour se retrouver
seule. " Presque pas, " répondit
Amma en souriant.
Le reporter a changé de sujet et a demandé à Amma
pourquoi elle portait un sari blanc. " Le
blanc est la couleur de la pureté, " a répondu
Amma. " Quand on porte un sari blanc il est
facile de voir toute la saleté qui se dépose dessus. De
la même manière, si le mental est sale, il faut que cela
se voie, pour le nettoyer. "
A propos du récent attentat à la bombe dans un bus de
Londres, le reporter voulait savoir si la religion encourageait de telles
activités ou si ce n'était que le fait de personnes mal
guidées.
Amma a exprimé une grande tristesse et a déclaré
combien elle était profondément peinée par la mort
de tant d'innocents à cause de ces actes de terrorisme. "
Aucune religion n'encourage les effusions de sang " a-t-elle
souligné. " Le seul but de toute religion
c'est la connaissance de soi. Le principe fondamental de toute religion
c'est l'Amour et la compassion et de faire tout ce qui est possible pour
élever l'humanité. "
" La religion devrait nous apprendre à
aimer l'humanité. La religion ne devrait pas nous enseigner ce
que nous pouvons prendre au monde, mais ce que nous pouvons rendre à
l'humanité. Amma croit que toute religion qui n'agit pas ainsi
n'est pas une religion du tout. Quand Amma regarde le monde aujourd'hui,
elle voit énormément d'obscurité. Nous devrions être
constamment en état d'alerte. Nous devrions avoir la vigilance
d'une personne qui a un revolver braqué sur la tempe. On ne peut
progresser qu'au prix d'une vigilance extrême."
La journaliste a conclu son entretien en demandant à Amma si elle
voulait bien la prendre dans les bras elle aussi. Peu de temps après,
elle s'est retrouvée dans les bras d'Amma et a reçu un merveilleux
darshan - c'était sans doute une excellente manière de terminer
une bonne journée de travail.
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