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Entrevue avec Amma
13 juillet 2005 - Washington D.C., USA

En quittant Chicago, le Tour d'Amma s'est dirigé vers l'est et a fait une première étape sur la côte dans la capitale fédérale, Washington D.C. Au deuxième jour de ce programme qui en compte trois, une journaliste d'un journal à grand tirage est venue s'entretenir avec Amma.

La dame est venue s'asseoir à côté d'Amma, Amma était alors en pleine discussion à propos de maisons capables de résister aux catastrophes pour les victimes du tsunami en Inde. Pendant un moment, la journaliste est restée assise à regarder Amma donner le darshan. En voyant Amma étreindre sans arrêt les gens de la longue file du darshan, le reporter demanda à Amma si elle ne se sentait pas fatiguée.
Amma a répondu en souriant : " Ce n'est pas difficile pour une mère de s'occuper de ses propres enfants. Il se peut que cela soit un travail pénible pour une nourrice, mais par pour la propre mère de l'enfant. Ce n'est pas le travail en soi qui est pénible, selon notre attitude en le faisant ce travail sera facile ou difficile. Mais parmi les personnes qui viennent à moi, je ne considère personne comme étant différent de moi-même. " Amma se mit à rire en ajoutant : " Est-ce qu'il nous arrive de dire que notre tête est trop lourde à porter ? "

La journaliste a ensuite voulu savoir comment Amma en était venue à sentir qu'en étreignant les gens, elle leur permettait de se sentir mieux. Amma a expliqué qu'elle ressentait la peine des gens désespérés comme la sienne propre. Quand un enfant pleure, sa mère sent sa peine et spontanément, elle court le consoler.

" Au début, " dit Amma, " quand quelqu'un parlait à Amma de ses problèmes, je l'étreignais et je le consolais sur mon épaule. Puis, quelqu'un d'autre est arrivé et Amma a fait la même chose ; et puis c'est quelqu'un d'autre qui est venu et encore quelqu'un d'autre… Les gens ont commencé à remarquer et à sentir que, quand Amma les étreignait, elle s'identifiait complètement à leur peine…. C'est comme si on donnait de l'eau pure à des gens qui ont longtemps bu de l'eau d'égout. Bien sûr qu'ils vont sentir la différence et que cela va les rendre heureux ! C'est ainsi que j'ai commencé à donner le darshan en étreignant les gens."

Le reporter imaginait combien cela avait dû être difficile de grandir dans un village reculé de la côte dans un milieu conservateur ; elle a demandé s'il avait été très mal vu qu'une femme prenne des hommes dans les bras.

" A la base, ce qui a suscité une vive opposition aussi bien au sein de la famille que dans la société, c'est le fait de s'éloigner de la voie toute tracée du mariage et de la famille. " répondit Amma. " Amma a été élevée dans une famille où beaucoup de restrictions étaient imposées aux femmes. On apprenait aux filles à marcher délicatement pour que le sol ne bouge pas sous leurs pas et à parler doucement pour que les murs ne les entendent pas. On ne les autorisait ni à parler aux hommes, ni à les regarder, elles n'avaient le droit de se montrer qu'après le départ de tout visiteur masculin."

"Mais à travers les âges, la maternité a toujours été grandement révérée en Inde. Amma a été très surprise de ne pas rencontrer plus d'opposition ; en général, au début, il a été bien accepté qu'elle étreigne ceux qui venaient à elle. La pureté de la maternité a toujours fait partie intégrante de la culture indienne. C'est peut-être grâce à cette vénération pour la maternité que la société a accepté les étreintes maternelles d'Amma."

Ensuite, le reporter a interrogé Amma sur sa religion.
" Je suis une mère, " a répondu Amma. "J'ai été élevée dans la religion hindoue. Mais la religion n'est qu'un marqueur. " Ensuite, Amma a pointé le doigt au loin. " Quand on nous montre un fruit qui pend à la branche d'un arbre, si on regarde le doigt, on ne verra pas le fruit. Pour voir le fruit, et le cueillir sur l'arbre, il faut aller au-delà du doigt. Il en va de même pour la religion ; si l'on s'y accroche, on n'atteindra pas le but : la Vérité ; c'est elle le vrai fruit ; par-dessus tout, Amma est une mère. La maternité est au-delà de la religion. "

Le reporter a ensuite demandé à Amma si elle pensait que Dieu parlait à travers elle ou si elle se considérait comme étant Dieu. Amma a répondu humblement : " Je ne revendique rien. Je me suis offerte au monde. Quand vous vous êtes fait offrande, que reste-t-il à revendiquer puisque l'ego a disparu ? Dieu est tout le monde. C'est seulement que la présence de Dieu se manifeste de façon différente suivant les personnes. Il y a des ampoules de voltages différents - des ampoules à 0 watt, des ampoules à 30 watts, des ampoules à 100 watts etc. C'est la même électricité qui passe dans ces ampoules, mais l'éclat est différent suivant les ampoules qu'elle traverse. Le porteur (en Inde, les porteurs portent les bagages sur leur tête) et le savant utilisent tous les deux leur tête. Le premier utilise sa tête pour porter des charges ; le deuxième l'utilise pour percer les mystères de l'univers. Tous ont le même potentiel. Tout dépend de notre attitude et de la façon dont nous développons nos capacités intérieures. "

Avec tout le travail qu'elle fait en une journée, le reporter se demandait s'il arrivait à Amma d'avoir du temps pour se retrouver seule. " Presque pas, " répondit Amma en souriant.

Le reporter a changé de sujet et a demandé à Amma pourquoi elle portait un sari blanc. " Le blanc est la couleur de la pureté, " a répondu Amma. " Quand on porte un sari blanc il est facile de voir toute la saleté qui se dépose dessus. De la même manière, si le mental est sale, il faut que cela se voie, pour le nettoyer. "

A propos du récent attentat à la bombe dans un bus de Londres, le reporter voulait savoir si la religion encourageait de telles activités ou si ce n'était que le fait de personnes mal guidées.

Amma a exprimé une grande tristesse et a déclaré combien elle était profondément peinée par la mort de tant d'innocents à cause de ces actes de terrorisme. " Aucune religion n'encourage les effusions de sang " a-t-elle souligné. " Le seul but de toute religion c'est la connaissance de soi. Le principe fondamental de toute religion c'est l'Amour et la compassion et de faire tout ce qui est possible pour élever l'humanité. "

" La religion devrait nous apprendre à aimer l'humanité. La religion ne devrait pas nous enseigner ce que nous pouvons prendre au monde, mais ce que nous pouvons rendre à l'humanité. Amma croit que toute religion qui n'agit pas ainsi n'est pas une religion du tout. Quand Amma regarde le monde aujourd'hui, elle voit énormément d'obscurité. Nous devrions être constamment en état d'alerte. Nous devrions avoir la vigilance d'une personne qui a un revolver braqué sur la tempe. On ne peut progresser qu'au prix d'une vigilance extrême."

La journaliste a conclu son entretien en demandant à Amma si elle voulait bien la prendre dans les bras elle aussi. Peu de temps après, elle s'est retrouvée dans les bras d'Amma et a reçu un merveilleux darshan - c'était sans doute une excellente manière de terminer une bonne journée de travail.

Article de Presse : Amma, accueillie à bras ouverts
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