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Un changement de rythme
22 mai 2005 - Amritapuri, Kerala
Supposez que vous puissiez rassembler certains des meilleurs professeurs des plus grandes écoles des différentes parties de votre pays, et que vous leur demandiez d'offrir des cours dans leur domaine de compétence.
Supposez que vous puissiez offrir le logement aux étudiants potentiels : repas et chambres.
Quel tarif penseriez-vous pouvoir demander ?
Un bon prix !
Combien pensez-vous qu'Amma a demandé ?
Rien.
A la fin du mois d'Avril, Amma a convié tous les jeunes (âgés de 7 à 24 ans) de l'Alappad Panchayat (c'est-à-dire la presqu'île de 12 Km de long sur laquelle est situé le Mata Amritanandamayi Math) à venir passer presque une semaine entière au Math, en tant qu'invités.
Et maintenant, à la fin du mois de mai, cela se reproduit : cette fois les jeunes sont de Alappuzha, une région légèrement plus au nord sur le continent. A nouveau, environ 3000 jeunes vivent une expérience différente de tout ce qu'ils ont vécu auparavant.
Il y a des cours d'Anglais parlé, de yoga et de natation. Durant le premier camp, il y avait également des cours de Sanskrit parlé, mais vu que les enfants étaient fatigués par leur emploi du temps chargé, ce cours n'a pas été répété durant le second camp. En plus de ces cours, différents swamis de l'ashram offrent chaque jour des conférences aux jeunes, et pour se distraire et se relaxer de manière créative, il y a des programmes d'arts et artisanat… et des vidéos (ce soir par exemple : " Les 101 Dalmatiens ").
La plupart des activités du camp ont lieu par groupes du même âge, mais une activité rassemble tout le monde, du plus jeune au plus âgé. Y compris les ashramites et les visiteurs : Quand Amma vient voir les enfants, le grand auditorium est bondé.
Amma : " Vous avez chaud les enfants ? "
Les enfants : " Oui ".
Amma : " Vous êtes fatigués d'avoir fait du yoga ? "
Les enfants : " Oui ".
Amma : " Est-ce que c'était douloureux ? "
Les enfants : " Oui ".
Amma : " Vraiment ? "
Les enfants : " Vraiment ".
" Qu'est-ce que vous voulez demander à Amma ? " demande-t-elle aux enfants. " Amma est là pour dissiper vos doutes. Demandez ce que vous voulez. "
C'est ouvert, et personne n'a l'air timide.
" Quel âge as-tu ? " demande un enfant.
" Amma, qui a inventé les ordinateurs ? " demande un autre.
" Amma, est-ce que c'est vrai que si on entre dans un temple par une porte, il faut en sortir par une autre ? Pourquoi dit-on ça ? "
Et toujours plus de questions - imprévisibles.
Amma répond aux questions des enfants, souvent en élargissant sa réponse pour aborder les problèmes qui y sont liés, et en ajoutant des histoires. Elle crée chez les jeunes auditeurs un désir toujours plus fort de poser toujours plus de questions. Il est difficile de trouver le moyen d'interrompre une telle pagaille, mais deux choses semblent marcher.
De temps en temps, Amma demande, " les enfants, vous avez faim ? " Quel enfant n'a-t-il PAS faim ?
" Aaah ! " crient-ils. "Oui!"
Alors elle leur sert le repas - Elle donne à chaque enfant une assiette de riz et de curry. Cela prend quelques heures au moins.
Parfois Amma demande : " Mes chers enfants, est-ce que vous avez envie d'un darshan ? "
" Aaah ! " crient-ils, bondissant déjà de leurs sièges pour se ruer vers la scène. "Oui!"
Et pendant les quatre ou cinq heures suivantes, Amma est assise là, les serrant dans ses bras l'un après l'autre, les écoutant, leur murmurant quelque chose à l'oreille, regardant les travaux manuels qu'ils lui apportent, les accueillant, comme des invités dans sa maison.

Personne ne parvient à maîtriser l'Anglais, ou le yoga, ou la natation en moins d'une semaine bien sûr. Alors à quoi sert un camp comme celui-ci ?
Etant donné le récent tsunami, une des intentions est que les enfants se réunissent pour vivre des expériences nouvelles et attractives. En effet, un des moyens de guérir d'un traumatisme est que quelque chose de bon survienne, que les personnes puissent tourner leur attention vers quelque chose d'autre que la tragédie. C'est bien sûr ce qui se passe ces jours-ci. Les leçons de natation, en particulier, encouragent les enfants (dont certains ont peur de l'eau depuis le 26 décembre) à jouer dans l'eau et à développer leur assurance.
Une autre intention est d'exposer les enfants à certaines des valeurs traditionnelles de la culture indienne, valeurs sur le déclin dans la culture en général. Les jeunes passent des moments merveilleux ensemble, ainsi qu'avec les professeurs et les ashramites qui sont pour eux de grands frères et de grandes sœurs. De nouveaux liens se créent. L'ashram existe depuis plus de vingt ans, mais on peut dire que la plupart des six mille jeunes qui étaient présents durant ces camps n'y avaient jamais mis les pieds. Maintenant c'est pour eux un endroit de divertissement et d'amitié, un endroit où chacun vous sourit en retour et vous dit " Namah Sivaya ! ", un endroit où se mêlent des gens de toutes classes sociales, religions et nations. C'est un endroit plein de gaîté, et bâti sur des valeurs solides.
On peut sans risque parier que beaucoup d'entre eux reviendront ici. Ce n'est même pas un pari mais une observation : déjà, des jeunes du camp du mois d'avril sont revenus voir leurs nouveaux amis, avoir un darshan, et même donner un coup de main au seva de l'ashram (service désintéressé), comme empiler et transporter le magazine mensuel, ou aider à décharger les camions qui reviennent de livrer des repas aux survivants du tsunami encore sans logement.

Par Janani
Correspondante, Amritapuri.

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