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Plus de confiance, moins de peur
Evacuation de l'Ile du 28 mars, 2005
28 mars 2005 - Amritapuri

Confiance. C'est le terme qui convient dans le Alappad Panchayat ces derniers jours.

Le Math a reçu un appel téléphonique à 22h15 ce 28 mars : il y a eu un très gros séisme à Sumatra, possibilité d'un autre tsunami. Les gens se sont empressés d'appeler Amma. Elle sait déjà. En fait, Elle avait déjà appelé les abris temporaires les plus au nord dans l'île : " N'ayez pas peur ", leur a-t-elle dit. " Soyez alertes ".

Cela fait presque trois mois que la vague meurtrière du 26 décembre 2004 a tant dévasté sur les côtes du nord de l'Asie et dans les communautés de pêcheurs, incluant Alappad Panchayat sur cette île où le M. A. Math a installé son quartier général. Et maintenant l'alerte est donnée à nouveau du risque d'une autre vague. Amma est venue à la fenêtre, surplombant le jardin, et a parlé aux vingt ou trente résidents rassemblés là. " Ne vous faites pas de soucis ", dit-Elle. " Rien n'arrivera. Mais prenez vos précautions. Mettez tout au dessus du niveau du sol ". C'est la voix de la confiance.

Immédiatement la communauté s'est mise en action. Il y a un très fort sens de la camaraderie lorsque les personnes travaillent ensemble dans leurs différents secteurs de responsabilité. Aucune organisation particulière ou instructions détaillées ne semblent nécessaires. Amma a simplement dit " Mettez tout en hauteur ", et les ashramites et volontaires se sont mis en action avec confiance.

A la cantine, ils ont tout mis sur les tables ; dans la cuisine, ils ont porté les équipements et les ustensiles au-dessus du sol ; dans les deux salles d'informatiques (où pratiquement tout avait été perdu dans le tsunami et où l'on a placé les nouveaux équipements), ils ont fait passer les moniteurs, les tours, les ports externes, les lignes de tension d'une main à l'autre, les transportant en lieu sûr. Dans la pièce de stockage du kiosque - recouvert d'un tapis de photos humides et de livres étendus là au soleil pour les faire sécher après le tsunami - ils ont élevés et entreposés les photos, les livres et tout le reste en hauteur pour les mettre hors de danger. Ils ont sécurisé la presse, où des montagnes de lourds papiers d'imprimerie et des fournitures devaient être déménagées. Même toutes les plantes en pot (tant de plantes et d'arbres sont morts à cause de l'eau salée auparavant) ont été mises en lieux surélevés ou installés sur des tables - et cela inclut les centaines de tulasi plantés et en pleine croissance, destinés à être offerts aux personnes lors de la pendaison de crémaillère des maisons construites par la Math pour elles. Les éléphants et les vaches, bien sûr, sont retournés dans leur quartiers spéciaux : le temple. Tout se passe comme un mécanisme bien huilé ; après avoir traversé le tsunami en décembre ainsi que le nettoyage qui suivit, les ashramites connaissent maintenant ce qu'il y a à faire et comment le faire. Leur expérience engendre la confiance.

Et les gens ? Une fois encore, il y a une évacuation immédiate. Les grands ferries motorisés sont rapatriés et font des allers-retours sur la lagune, et les hommes à perches remplissent de réfugiés les petits canoës en bois, allant à l'est, et une fois vides, fonçant vers l'ouest pour venir prendre à nouveau plus de passagers. Les bateaux embarquent les étudiants en informatique en premier, et par la suite les plus âgés ainsi que les personnes hospitalisées ; les visiteurs de l'ashram, puis les résidents occidentaux, et enfin les brahmacharis et les brahmacharinis peuvent maintenant partir aussi, leur travail d'urgence est déjà accompli. Ils doivent partir ; c'est l'ordre du gouvernement. Mais ils partent avec peu d'anxiété depuis que tout s'est fait calmement. Confiance.

Qu'en est-il des habitants locaux ? Des villageois ? De ceux qui ont déjà perdus lors du tsunami tant de ceux qu'ils aimaient, leur maison, leur vie ? Dès que l'alerte est donnée, ils se sont acheminés sur le quai de l'ashram afin d'être transportés de l'autre côté de la lagune. Amma a envoyé l'un des grand ferries motorisé au nord de Shrayakkad, une des dernières zones touchées par le tsunami en décembre ; c'est là où se situent les abris temporaires que le Math a construit. Les gens là-bas, également, sont transportés sur le continent. Voyant les bateaux faire des allers-retours sur la lagune, les gens savent qu'ils seront mis en sûreté. Ils attendent que leur tour vienne avec confiance.

Et où est Amma pendant tout ce temps ?

Sur le quai. Jusqu'à ce que le dernier bateau soit rempli et envoyé de l'autre côté, elle reste là, au bord de l'eau, disant à chacun " Perikkyenda ", " n'ayez pas peur ". Pendant que l'on aide les personnes à monter dans le bateau, elle leur dit d'aller se mettre à l'arrière, ou de l'autre côté, s'assurant ainsi que les bateaux sont correctement chargés et équilibrés.

Et elle leur fait signe de partir et s'approche du prochain bateau qui arrive à la place. " Perikkyenda " dit-elle encore et encore, en anglais pour les visiteurs " No fear. No problem ". Elle parle avec cette force qui vient de -et qui apporte- la confiance.

Comment vont les personnes et spécialement ceux de l'île qui ont survécu aux terreurs du tsunami en décembre, dont la plupart vivent maintenant dans des huttes ou des abris de bâches, ou des baraques temporaires mises en places par le gouvernement ou le Math ? Sont-ils en train de crier, de pleurer, de paniquer ?

Pas du tout. Ils viennent silencieusement sur le quai, entrent dans les bateaux avec prudence, sans pousser, sans pleurer, sans même paraître effrayés. Ils ont été capables de rassembler leur famille cette fois-ci, et ils savent ce qui va arriver ensuite : ils seront emmenés dans le Collège d'Ingénierie ou à l'Institut d'Amma de Technologie Informatique ou au Collège d'Ayourvéda - des lieux familiers : beaucoup y sont séjournés pendant des semaines en janvier. Leurs affaires leur avaient été rendues après coup. Ils les auront maintenant. Ils procèdent avec cette confiance.

Les quelques derniers bateaux à quitter le quai sont chargés avec d'énormes batteries de vaisselles, de riz, de sel, d'huile, d'épices - le message est clair : le Math continuera de vous nourrir, où que vous soyez sur l'île ou dans un abri sur le continent.

Vous pouvez compter dessus.

Janani

Correspondante depuis le M.A Math

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