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Le 26 janvier 2005 - Amritapuri

Aujourd'hui cela fait un mois. Un mois depuis que le tsunami est arrivé. Un mois depuis que tout a changé pour des millions de gens dans le sud est asiatique.

250 000 - C'est le bilan des victimes décédées. Mais qu'en est-il du nombre de personnes en deuil? Qu'en est-il du nombre de gens devenus sans abris ? Qu'en est-il du nombre de personnes ayant perdu toute source de revenu ? De leur capacité à dormir pendant la nuit ? Pour eux, les survivants, il y a un mois tout a changé. Et depuis un mois maintenant, ils ont attendu que les choses reviennent à la normale.

Nombreux sont ceux qui viennent à Amma et leurs yeux en disent long.

La mort ne se négocie pas, elle vous force à accepter. Et c'est ce qui se passe : lentement, semaine après semaine, les villageois deviennent de plus en plus conscients des espaces vides laissés dans leur vie.

Maintenant, ce sont d'autres choses, les choses qu'il est possible de combattre, pour lesquelles ils viennent voir Amma.

"Amma! Que dois-je faire ?" a demandé une femme à Amma il y a quelques jours. "Ma fille vient d'avoir un bébé. Elle demeure maintenant dans la maison de ma sœur, mais je ne sais pas combien de temps son mari l'autorisera. Il n'y a pas d'endroit approprié pour elle dans les abris. Il n'y a aucune intimité."

"Je ne peux pas dormir" dit une autre à Amma. "C'est seulement une grande pièce où tout le monde dort ensemble -les hommes, les femmes, les enfants. Nous n'avons jamais dormi comme cela auparavant. Ma fille est maintenant une adulte, cela me met mal à l'aise. Combien de jours encore devrons-nous rester comme cela ? Au fil des jours, nos espérances s'évanouissent. Notre maison tient encore mais y dormir est terrifiant, sa structure n'est plus saine. Tout ce qu'elle contenait a été emporté. Le gouvernement n'est pas intéressé. Amma tu dois veiller sur nous. Tu dois nous aider. Qu'Amma seulement y pense, et je sais que cela arrivera."

Amma dit que lorsqu'elle entend de telles choses, cela lui fait de la peine.

"C'est comme si quelqu'un était allongé en face de moi après avoir eu un accident et que je veuille me dépêcher de l'emmener à l'hôpital mais que mes mains étaient liées derrière mon dos" dit Amma à l'une de ces femmes. "Nous sommes prêts à construire n'importe quel nombre de maisons, mais le gouvernement ne nous donne pas de plan ni aucune directive. Il n'y a pas de soutien en rapport avec l'inspiration de l'ashram. Nous n'avons besoin que des plans du gouvernement. Ils n'avancent pas assez vite au vu de la douleur et de la souffrance des gens."

Depuis le tsunami, l'ashram a construit des abris temporaires pour 250 familles dans l'Alappad Panchayat et pour 250 autres familles à Nagappattinam dans le Tamil Nadu. Il a aussi prêté cinq acres de terrain au gouvernement du Kerala également pour y construire des abris temporaires, et loge 2000 villageois à l'université d'Ingénierie Amrita, bien que les vacances scolaires de Noël soient terminées depuis longtemps. Amma dit qu'elle est heureuse que l'ashram ait pu monter ces abris aussi rapidement mais que maintenant, elle est attristée d'entendre les chagrins des villageois. Elle est impatiente de voir la construction des nouvelles maisons commencer.

Les épreuves des villageois semblent interminables. Avec leurs filets de pêche et leurs bateaux perdus ou hors d'usage, les pêcheurs n'ont aucun moyen de travailler. Et même ceux qui ont les moyens de pêcher ne sortent pas en mer. Ils disent que les poissons ne sont pas où ils devraient être, que la mer est maintenant parcourue par de nouveaux courants, et même lorsqu'ils font une prise importante, ils ne parviennent pas à la vendre à un prix correct.

D'autres villageois se retrouvent dans une situation sociale difficile, tels ces parents qui avaient organisé le mariage de leurs enfants mais maintenant le futur marié ou la future épouse est décédée. Dans certains cas, tout l'argent et les bijoux pour le mariage ont été perdus dans l'inondation, ou même toute leur maison. "Comment ma fille peut-elle se marier maintenant?" demandent-ils à Amma "Que puis-je faire?"

Certaines femmes sont près du terme de leur grossesse mais n'ont pas d'endroit pour se reposer. Les malades n'ont pas de siège pour s'asseoir, pas de lit de camp pour s'étendre sous les abris.

Dans les abris, bon nombre d'hommes se sont mis à dormir à l'air libre, par considération pour les femmes. "Ils essayent d'être forts" dit Amma "mais beaucoup souffrent de dépression." Ils n'ont pas de travail et ne voient aucune lumière au bout du tunnel.

S'il n'y avait pas eu la nourriture et le toit mis au-dessus de leur tête par l'ashram, qui sait ce qu'ils feraient maintenant. De fait, le 10 janvier, quand Amma a marché de l'Ashram à Azhikal afin d'offrir ses prières aux morts, elle a été approchée par un groupe de jeunes gens en pleine force de l'âge et bouillants de colère face au manque d'aide fournie par le gouvernement. Ils ont déclaré froidement "si vous n'aviez pas été là Amma, nous serions simplement devenus terroristes !"

L'ashram n'a pas arrêté de servir de la nourriture depuis le jour où le tsunami a frappé -d'abord aux 12 camps de secours, puis aux abris temporaires et aux 22 comptoirs de nourriture tout au long de la route le long de la plage.

Mais cela n'a pas été facile.

Il n'y a aucun moyen d'estimer combien de personnes viendront prendre de la nourriture un jour donné. Apparemment au hasard, un jour c'est plus, un jour c'est moins. Selon le brahmachari responsable, un des problèmes est ce phénomène que l'on appelle "les touristes du tsunami" : des gens qui font un tour en voiture le long de la route de la plage pour voir les dégâts du tsunami et puis, n'ayant aucun autre endroit pour avoir de la nourriture, finissent par manger aux comptoirs de l'ashram.

Les brahmacharis préparant et distribuant la nourriture sont sous forte pression. Amma leur a dit de veiller à ce qu'aucune nourriture ne soit gaspillée. Ainsi, ils doivent être très attentifs à ne pas en faire trop. En même temps, s'ils en font trop peu et tombent à court, les villageois peuvent devoir attendre qu'ils en cuisent d'avantage, ceci est aussi inacceptable.

La solution est un jonglage habile : ils préparent une certaine quantité de riz tout en gardant de l'eau sur le point de bouillir. Le brahmachari chargé de transporter la nourriture vers la route de la plage est pourvu d'un téléphone portable et aussitôt qu'il est sûr qu'il a besoin de plus de riz, il appelle la cuisine. La même chose est faite pour le curry. Après que la première fournée soit faite, la base est préparée et les ingrédients finaux n'y sont ajoutés que s'ils reçoivent l'appel téléphonique. Si on n'a pas besoin de plus, cette base peut être utilisée pour le curry du repas suivant.

Il y a aussi d'autres pressions. Amma a répété aux brahmacharis qui faisaient ce travail qu'ils devaient s'assurer qu'aucun étranger ne vienne dans la cuisine, derrière les comptoirs de distribution ou dans les véhicules transportant la nourriture. Elle craint que certaines personnes mal intentionnées essayent de contaminer la nourriture. Elle a aussi dit aux brahmacharis qu'ils ne devaient pas manger avant que tous les villageois n'aient été servis.

L'autre jour, le responsable de la cuisine s'entretenait d'un de ces problèmes avec Amma au cours du darshan. Amma était d'accord avec lui que la situation était difficile. "C'est seulement la grâce qui nous a permis de faire ce que nous avons fait," lui dit-elle. En fait servir tous ces gens chaque jour, trois fois par jour, depuis un mois maintenant, serait impossible par le seul effort humain.

Amma lui a expliqué qu'elle ressent la peine des villageois. "Ils ont été mis dans une position où la seule chose qu'ils peuvent faire est de prendre ce qui est offert" dit-elle au brahmachari. "Ils sont insatisfaits de bien des manières. Quoiqu'on leur offre dans la situation présente, ce n'est pas assez - travail, argent, abris…Au moins, nous pouvons remplir leur estomac. Laissons-les au moins dire le mot 'assez' trois fois par jour."

Sur le plan médical, les docteurs de l'ashram continuent de travailler 24 heures sur 24. En parlant avec les villageois, ces derniers jours, il est évident que les docteurs les ont mis en garde contre l'apparition d'une épidémie et les ont avertis des moyens de prévention. Amma dit encore : "c'est seulement dû à la grâce qu'aucune maladie ne soit apparue dans le village."

Les médecins de l'ashram ont aussi envoyé les femmes dans leur dernier mois de grossesse à l'hôpital AIMS pour examen prénatal et accouchement. Ils ont même organisé pour sept femmes qui avaient perdu tous leurs enfants au cours du tsunami un rendez-vous avec les docteurs en vue de défaire la ligature de leurs trompes réalisées à des fins contraceptives. C'est l'espoir des couples et d'Amma qu'une fois encore ils puissent connaître la joie d'être parents.

Et ce ne sont pas seulement les villageois d'Alappad qui sont venus à Amritapuri à la recherche de l'aide d'Amma. A trois reprises, des gens de différents villages du Nagappattinam, le district le plus touché du Tamil Nadu, ont également fait le pèlerinage à l'ashram. Certains de ces villageois ont dit qu'il leur a été clairement indiqué par le collecteur du district de Nagappattinam d'aller voir Amma pour lui demander de l'aide. Dans leur district, beaucoup de grosses compagnies ont commencé à construire des maisons, mais les villageois insistent pour qu'Amma également en construise. Elle a donné son accord -adoptant deux villages en promettant de construire 2000 maisons réparties dans trois villages.

Des gens sont même venus en avion de Sri Lanka pour supplier Amma pour sa grâce et son aide financière. L'autre jour un tel homme est venu au darshan d'Amma les mains jointes : "Il y a eu tellement de morts dans notre pays, et maintenant beaucoup de survivants se suicident suite à l'immensité de leur chagrin," dit-il. Ils ont besoin de paix de l'esprit et de consolation."

Amma a même reçu une lettre d'invitation au Sri Lanka de la part de Sri K.N. Douglas Devananda, un ministre qui détient quatre cabinets dans le pays. Pareille dévastation n'a jamais été vue dans notre histoire connue," écrit-il. "Les victimes ont besoin de guérison spirituelle, consolation, assistance et bénédiction."

Amma a dit qu'elle aimerait bien construire 3000 maisons dans l'île, soulignant que tous étaient ses enfants, pas seulement les gens d'Inde. Mais qu'il était difficile d'organiser le travail vu que selon la loi indienne, l'ashram ne peut pas dépenser des fonds dans un autre pays. Pour l'instant, elle a envoyé swami Ramakrishnananda, Brahmachari Vinayamrita Chaitanya et quelques autres brahmacharis pour voir ce que l'ashram pourrait offrir comme assistance dans le pays.

Quant à Amma, personne ne l'a jamais vue aussi occupée. Même quand elle donne darshan, elle traite constamment différents aspects du travail d'assistance. Et quand le darshan est terminé, elle continue toute la nuit dans sa chambre, rencontrant les gens personnellement et au téléphone - des officiels du gouvernement, des chefs de villages, des brahmacharis responsables de travaux de construction... Quiconque passe peut voir que la lumière est allumée toute la nuit. Elle ne prend aucun repos.

Amma est impatiente. Ses prières sont les mêmes que celles des villageois : elle veut voir les maisons construites. Elle veut que les hommes recommencent à travailler. Elle veut que la vie de chacun soit de nouveau sur les rails. Si chacun avait cette intensité…

-Sakshi

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