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27 janvier 2004 - Coimbatore
Interview de Michel Danino venu rencontrer AMMA.
Le deuxième jour de la fête annuelle du Temple Brahmasthanam de Coimbatore, en présence d'Amma, Michel Danino, auteur de L'Invasion qui n'a jamais eu lieu, et sa compagne Nicole, sont venus recevoir son darshan. Bien qu'ils aient entendu parler d'Amma auparavant, ils la rencontrent ce soir pour la première fois.

Michel Danino est né en France. S'aidant de diapositives, il avait parlé du mythe de l'invasion aryenne de l'Inde (le sujet de son livre) à Amritapuri durant l'été 2003, alors qu'Amma était aux États-Unis pour son tour annuel.

Ils vivent tous deux en Inde depuis une trentaine d'année et s'y considèrent comme chez eux.

Ceci étant votre première rencontre avec Amma, peut-on vous demander ce que vous avez ressenti ?

M.D. J'ai ressenti ce que je savais déjà - qu'elle est une fontaine d'Amour… inépuisable semble-t-il. Que peut-on dire d'autre ?

Dans une perspective historique, comment voyez-vous Amma ?

M.D. Tout à fait dans la lignée des Mahatmas qui ont pris naissance sur cette terre, et non ailleurs. On n'en trouve pas qui prennent naissance en Europe ou aux États-Unis, du moins à ma connaissance. Nous n'avons pas vraiment de Mahatmas, de saints et de Rishis prenant naissance en Occident. Même si occasionnellement, il y en a un, c'est un sur un million alors qu'en Inde, même dans le seul XXe siècle, ils ont été nombreux ! Oui, un bon nombre…
Cela ne tient pas seulement au fait de la grandeur de cette terre, mais c'est aussi parce que ces êtres prennent naissance ici, que l'Inde est ce qu'elle est.
Nicole : Amma est si généreuse et désintéressée. Elle a la vision et la conscience d'agir pour faire grandir l'Inde.

Pensez-vous qu'il y a eu un changement dans la culture indienne, les Indiens imitant l'Occident de multiples façons ?

M.D. Oui et non. C'est une tendance et elle est inévitable. L'Inde est envahie par la mentalité occidentale, dans ce qu'elle a de pire. Il y a de bonnes choses en Occident mais qui ne parviennent guère jusqu'ici. C'est un processus que l'Inde doit traverser, et je pense qu'au bout du compte, il produira l'effet inverse. Cela a déjà commencé. Je trouve de plus en plus de jeunes indiens très désireux de redécouvrir leurs racines et de comprendre la signification de cette culture indienne et de ce qu'elle porte en elle. Bien sûr, ceux qui sont subjugués (par l'Occident) mettront longtemps à boucler la boucle.

Mais je trouve beaucoup de jeunes gens qui sont très sérieusement intéressés. À ma petite échelle, j'ai donné des conférences dans des universités, des collèges et autres institutions d'enseignement, et je trouve que la réponse est formidable ! Si l'on donne aux gens seulement une connaissance matérielle, à un niveau très pratique - je ne parle pas de spiritualité, je parle d'une connaissance scientifique de l'Inde ancienne ou des origines de la civilisation indienne -, ils sont immédiatement très intéressés ! Ils veulent comprendre, ils veulent découvrir leurs racines. Je pense donc que cette invasion de la culture occidentale sera un processus douloureux pour beaucoup de gens, mais finalement, il aidera au rajeunissement de ce pays. C'est quelque chose que Sri Aurobindo par exemple, ou Swami Vivekananda ont expliqué, disant que la culture indienne ne doit pas être considérée comme une chose statique, fixée une fois pour toutes. L'esprit de l'Inde est toujours le même mais le corps doit continuer à changer. Si le corps cesse de changer, alors les choses commencent à stagner et à pourrir. C'est ce qui s'est produit au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. À partir du XXe siècle, on constate que le corps commence à changer à nouveau, s'adaptant à de nouvelles formes, à de nouveaux défis. Ce contact avec l'Occident est donc inévitable ; nous ne devons pas souhaiter sa disparition. Il ne va pas disparaître ni s'effacer gentiment, mais il aidera en obligeant la culture indienne à prendre de nouvelles formes et à trouver un nouveau langage. Et en plus, l'Occident en bénéficiera grandement. C'est pourquoi aujourd'hui, il y a 15 à 20 millions d'Américains qui pratiquent diverses formes de yoga et de méditation ; en France le bouddhisme est la religion qui grandit le plus vite, selon les chiffres officiels ; en Australie aussi, d'après ce que j'ai lu. Je suis convaincu que l'Inde doit répandre son message dans le monde entier.

Amma est certainement un grand catalyseur, et elle accélérera le processus, j'en suis sûr. Amma permet que les Indiens restent reliés à leur pays, à cette flamme indienne particulière. Amma peut certainement être comme un pont ; non seulement son impact en Inde sera immense - nous pouvons le voir ce soir ici, c'est évident, c'est déjà là et cela ne fera que croître, sans aucun doute possible - mais elle peut avoir un grand impact en Occident également. Et pas seulement en Occident, mais aussi dans les autres parties du monde, parce qu'elle est un exemple vivant de ce que l'esprit de l'Inde cherche à incarner.
Elle est un exemple vivant, et il n'y a rien de mieux.

Amma est un maître spirituel unique en ce qu'elle voyage à travers le monde.

M.D. C'est parce qu'il y a un besoin ! Et elle comble ce besoin. Regardez, l'Occident a réalisé de grandes choses sur le plan matériel mais s'est démontré incapable de montrer une direction à la vie des gens - c'est le grand échec de l'Occident. On ne vous y donne pas de raison de vivre, de but. Il y a donc un grand vide, une grande soif… un grand danger aussi - un déséquilibre grandissant, un disfonctionnement tout aussi grandissant et ainsi de suite.
Les gens sont donc à la recherche de quelque chose et Amma vient et peut combler leur attente.

Mais Amma ne parle même pas leur langue !

M.D. Elle parle un langage beaucoup plus universel. Elle incarne l'esprit de l'Inde. C'est ce que je ressens.

Vous devez savoir qu'Amma veut commencer un département des études indiennes dans son université d'Amrita Vishwa Vidyapeetham ?

M.D. Oui, je pense que c'est très important. En fait c'est une totale aberration que la plupart des universités indiennes n'aient pas de faculté de culture indienne. C'est du simple bon sens que chaque université indienne aurait dû avoir, peut-être pas au lendemain de l'indépendance, mais disons cinq ans après, un département d'indologie pour étudier les différents aspects du patrimoine indien ! Encore aujourd'hui, il n'y a rien de tel nulle part en Inde - pratiquement rien ! Il faut y remédier. Il y a des gens à travers toute l'Inde qui y travaillent. Ainsi nous avons un ami à la Jawaharlal Nehru University, le haut-lieu du marxisme en Inde, qui a mis sur pied un centre de recherche sur les études du sanskrit. Il y a des gens qui essaient de créer des centres d'étude de ce genre, quel que soit le nom que vous leur donnez, et je pense qu'il est temps de les relier. C'est très important.
La faculté d'études indiennes à l'université d'Amma comblera un besoin, et je sens un grand dynamisme derrière tout cela.

Comment les étudiants réagissent-ils à vos conférences ?

M.D. Il y a une grande curiosité. Une grande ignorance aussi, mais c'est bien ! Je veux dire que si l'ignorance se montre, c'est bien, il n'y a là rien de mauvais. Ils veulent comprendre leur héritage. Et voyez-vous, les étudiants posent des questions très essentielles auxquelles nous devons être capables de répondre. Par exemple : " la culture indienne est belle et raffinée mais n'appartient-elle pas au passé ? De quel intérêt pratique est-elle aujourd'hui ? " Ils ont besoin de réponses à ces questions, aussi nous avons besoin de gens qui ont la connaissance, la profondeur et assez de contact vivant avec la culture indienne pour pouvoir donner des réponses qu'ils comprendront dans leur propre langage. C'est un défi d'échanger à leur niveau.
Je pense qu'il y a une grande détermination en Inde aujourd'hui à sortir du genre d'hypnose dont nous avons souffert, non seulement pendant la période coloniale, mais pire encore, depuis l'indépendance. Je dis " pire " car chacun pensait que du fait de l'Indépendance, les choses allaient arriver toutes seules. Ils n'ont jamais pensé qu'il y aurait une sorte d'idéologie qui serait la continuation du système britannique et le dénigrement de la culture indienne, et j'en passe.
Mais à bien des niveaux, c'est devenu encore pire. Si vous regardez l'éducation par exemple, dans les années 1920, 30 ou 40, parmi tous ceux qui sortaient du système éducatif, même s'il s'agissait du système britannique, on comptait des gens admirables. Mais dans les années 50, 60 ou 70, il est difficile de nommer quelques Indiens remarquables qui aient émergé de ce système d'éducation - il n'y a personne ! C'est un énorme bulldozer qui a écrasé tout le monde et produit des machines abruties.
Aussi maintenant, il y a une réaction très forte. Les gens commencent à comprendre que l'Inde stagne depuis 55 ans ou presque et je pense qu'ils ne vont pas accepter cela plus longtemps. En dépit de ce que l'on peut lire dans quelques journaux sur la laïcité, sur ceci ou sur cela, je pense que le mouvement actuel est irrésistible. C'est là encore que des êtres comme Amma peuvent jouer un rôle et y mettre beaucoup d'énergie.

Comment voyez-vous l'Inde, personnellement ?

M.D. Personnellement nous considérons l'Inde comme notre pays. Je vis ici depuis 27 ans et Nicole depuis 29 ans. C'est un choix délibéré. C'est Sri Aurobindo et la Mère qui nous ont amenés en Inde. À un niveau plus général (et je ne fais ici que répéter les propos de Sri Aurobindo, ce qu'il a écrit pendant de nombreuses années), je pense que l'Inde a des clés, des clés pour elle-même et des clés pour le monde. Ces clés, du moins celles dont il parlait, sont un peu rouillées. Elles doivent être polies, huilées et les serrures doivent être remises en marche. Alors cela non seulement assurera la renaissance de l'Inde (c'est le titre du livre que nous venons de présenter à Amma, un livre que nous avons préparé et qui présente la vision de Sri Aurobindo sur l'Inde), si ces clés sont activées, alors l'Inde pourra s'engager dans ce processus de renaissance, et c'est le seul chemin pour elle. Ce ne sont pas les solutions occidentales qui marcheront en Inde. Ce n'est pas une doctrine de réforme sociale dont l'Inde a besoin… depuis deux cents ans, nous avons eu des réformateurs sociaux, l'un après l'autre, travaillant ici quasiment sans résultat. La solution doit être spirituelle. C'est ce que Sri Aurobindo, Swami Vivekanada et beaucoup d'autres ont préconisé, car l'Inde est l'âme du monde. Elle représente cela. Chaque pays représente quelque chose. Les États-Unis le dynamisme, une incroyable énergie ; la France l'intellectualité, etc. … On peut trouver pour chaque pays, ce qu'il a à offrir au monde s'il le veut. La plupart du temps, il ne le veut pas ; mais s'il le veut, il le peut.
Mais la voie de l'Inde est véritablement d'être l'âme du monde, et si ces clés sont redécouvertes, elles peuvent créer d'énormes courants de changement à travers le monde car les sociétés occidentales sont " désorientées ". Elles ne savent comment trouver la direction. Elles expérimentent encore et encore des tas de clés et méthodes.

Amma dit que tous les pays du monde sont les pétales d'une même fleur. Nous lui avons demandé une fois : 'et l'Inde' ? Amma a répondu : " l'Inde est le miel à l'intérieur, la douceur de la fleur. "

M.D. C'est exact. C'est là que l'Inde a une mission. Mais je pense que cela va se faire de soi-même. Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons commencer ou arrêter de notre propre volonté.

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